Hors-série n. 6 : Elizabeth Gaskell

Tandis qu’en France George Sand publiait Le Château des désertes (1851), en Angleterre, la romancière Elizabeth Gaskell publiait Cranford, en feuilleton, dans un magazine dirigé par Charles Dickens.

C’est un portrait pittoresque et condescendant des femmes de la campagne (ces « unwarlike Amazons« , p. 1), dans le village de Cranford, d’où les hommes, décédés ou partis travailler en ville, sont presque tout à fait absents. La narratrice, Mary, est entre deux mondes : elle se sent appartenir à cette société de Cranford, mais elle connaît également les goûts et les mœurs des grandes villes où elle habite la moitié de l’année. C’est l’entre-deux de l’instance narrative qui m’a le plus étonné. La coterie de Cranford est crispée sur les valeurs sociales de l’aristocratie anglaise que la narratrice regarde avec une ironie teintée de mélancolie, sachant fort bien que ces valeurs sont en voie de disparition face à celles de la bourgeoisie capitaliste.

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Le contraste de ces deux systèmes de valeur, le malentendu même, n’est nulle part plus sensible que lorsqu’une des femmes de Cranford fait faillite et que ses voisines se cotisent pour lui verser une pension. Le père de la narratrice, un honnête commerçant, qui vient aider à faire les comptes de cette pension, n’arrive pas du tout à donner un nom à l’acte de générosité aristocratique : « Confound it ! I could make a good lesson out of it if I were a parson ; but, as it is I can’t get a tail to my sentences – only I’m sure you feel what I want to say » (p. 199).

Une particularité quand même, les différents épisodes sont assez décousus et semblent surtout l’occasion de portraits de caractères, tendres ou satiriques.

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Son format de feuilleton a permis à ce roman d’être adapté en série TV en 2007 par Sue Birtwistle, avec les actrices ci-dessus, mais ce n’est pas la série qui me l’a fait connaître. C’est sur les rayons de la librairie anglaise Berkeley, à Paris, que je l’ai trouvé d’occasion, merci à la libraire ! Lire un roman en anglais est une excellente manière de ne pas oublier tout ce qu’on a appris de la langue.

D’autres avis sur Cranford le livre :

un avis documenté sur le site Chroniques d’Isil,

la recension très juste d’Eliza sur Lectures&Co,

l’avis déçu de Chocolatcannelle,

Et une étude en anglais sur The Victorian Web.

Sur Cranford la série, voir par exemple le blog Films en costumes.

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