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« Quand l’écriture est pointée comme écriture de femme : « ça, c’est un livre de femme… », est-ce que ce n’est pas toujours une façon pour les hommes de ne pas se sentir concernés par ce que nous leur racontons ? Or, nous sommes persuadées que ce que nous racontons, ça les concerne aussi » (Annie Leclerc dans Autrement dit, 1977).

La « décolonisation des femmes » (Nicole Roelens) passe, tout comme la décolonisation indienne, par le « droit à raconter » que revendiquait Homi Bhabha, c’est-à-dire un droit à s’exprimer, être entendue, lue, vue, considérée. À être publiée, à émouvoir publiquement.

Ce droit ne semble pas respecté dans les institutions littéraires françaises. À l’Académie, les femmes sont en minorité (huit femmes pour quarante sièges, et trois sont déjà mortes) ; au jury du Goncourt aussi (trois sur dix), de même qu’au jury du Renaudot (une femme seulement, Paule Constant, et je l’ai comptée déjà dans les académiciennes) ; seul le jury du concours Georges Sand, qui interdit les candidatures masculines, est correctement mixte… Les institutions locales suivent le plus souvent ces modèles nationaux.

Quand Jean d’Ormesson obtint l’élection de Marguerite Yourcenar, la première « immortelle », à l’Académie en 1980, il justifiait ainsi cette nouveauté : « Les traditions, comme les femmes, sont faites pour être à la fois respectées et bousculées ». C’est dire s’il faut attendre des institutions qu’elles s’adonnent d’elles-mêmes à la diffusion et à la considération de l’expression des femmes…

Sur un média autonome et libre d’autant de radicalité que la situation l’exige, les articles de ce blog proposeront une promotion argumentée des autrices de l’espace littéraire francophone. La volonté de ces articles sera non pas d’isoler un champ littéraire qui relèverait exclusivement de la « féminitude » (Simone de Beauvoir), de particulariser les femmes et leurs livres, mais au contraire de montrer quels liens ces œuvres ont tissés avec la littérature contemporaine toute entière, écrite par les femmes et les hommes de lettres. Cela ne semble pas aller de soi pour les maisons d’édition. Le commerce du livre a très vite isolé ce qu’il a baptisé « littérature féminine » (Jean Lionnet en 1905 : « littérature féminine qui n’est guère de la littérature »). Cette catégorie discriminante perdure dans les éditions françaises, comme en témoigne la collection « Littérature féminine et sentimentale » de l’édition « Le Livre de poche » (filiale d’Hachette). On mesure toute la connotation péjorative de l’adjectif « féminine » dans ces occurrences.

Méprisées et ostracisées dans l’espace littéraire encore au XXe siècle, les femmes de lettre ont exprimé le sentiment qu’elles devenaient, en publiant, des « voleuses de langue » (Claudine Hermann, 1976). Qu’elles empruntaient aux hommes leurs codes, leurs symboles, leur mode d’expression. Xavière Gauthier, en 1974, appelait à dépasser ce syndrome de l’imposture. Les femmes n’ont pas besoin de s’excuser d’écrire, ou de développer des stratégies d’écriture particulières, disait elle. Elle refusait le « piège du théorique », c’est-à-dire la tentation de définir ce que devait être, de toute éternité, une écriture féminine. Elle considérait qu’une seule femme qui écrit « excédera toujours le discours qui régit le système phallocentrique ». Ce blog tend à prouver que les femmes de lettres du XXIe siècle ont entendu ses conseils.

Nos articles pourraient faciliter un état des lieux de la position des femmes de lettres dans la littérature du XXIe siècle. Surtout, ce blog est né du désir  d’un homme pro-féministe de participer, dans son domaine de spécialité (la littérature), aux courants profonds qui tendent à faire reculer l’injustice et l’oppression, et qui appellent la participation de toutes les bonnes volontés.

Aucun vison n’a été blessé pour habiller ce blog.

17 réflexions sur “À propos

  1. J’ai découvert votre blog grâce à votre commentaire sur Petit Pays, sur le blog à Livre ouvert.
    Je suis maintenant vos chroniques.
    Je suis curieuse: quel est le nom du thème wordpress que vous utilisez? Je fête demain mon 6ème blogiversaire, et je cherche un thème original. merci

    Aimé par 1 personne

  2. Je suis également intéressée par le thème de l’écriture féminine
    Doit on écrire comme une homme pour réussir, briller , être reconnue pour son intelligence et ses compétences , dire des choses importantes. Ou doit on au contraire , jouer la carte du genre pour une écriture au féminin, légère, divertissante , moins forte et moins impactante.
    Ce sont les questions que je me pose.
    Merci pour ce blog que je vais prendre le temps de fouiller
    yano

    Aimé par 1 personne

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