Charlyn Bevilacqua, Chronique d’une jeune femme dérangée (auto-édition, 2016)

Depuis quelques années à Paris, l’association Polyvalence appelle femmes et hommes à témoigner de leur expérience personnelle sur des sujets variés, souvent difficiles, traumatiques ou tabous. Rassemblés dans des Fanzines, ces textes diffèrent beaucoup des formes et des tournures des livres publiés par le monde de l’édition francophone. Mais pas encore complètement. Les correctrices professionnelles de l’association, ainsi que les présupposés militants qui donnent leur impact à ces témoignages, rendent ces textes normaux, lisibles, simples  à comprendre quoiqu’éprouvants.

Charlyn Bevilacqua, que je remercie grandement de son envoi, m’a autorisé à lire la première partie de sa courte autobiographie auto-éditée. Ce que les témoignages sur Polyvalence pouvaient conserver d’insincère, de travaillé, est devenu brutalement une évidence. Le vomissement de l’intime commence page une, lorsque la narratrice évoque les « dix dernières années consacrées à [s]on utérus ». Le clostridium, la diarrhée, les menaces et les insultes entre membres de la famille, les récits d’agressions sexuelles, etc., s’enchaînent et (se) bousculent d’une page à l’autre. Une névrose familiale et collective se dessine, cause originelle d’une tempête d’insanités. « Il faut être névrotique pour comprendre » (p. 2).

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Le texte atteint un niveau de sauvagerie hors-norme, émouvant parce qu’inexplicable. Je pourrais essayer de l’expliquer : dire, par exemple, que l’influence des conversations numériques se ressent dans les adjectifs « looooooooooooongue » ou « géniaaaaaaaaaaaaaaaale » (p. 13). Que l’absence de toute correction professionnelle explique les orthographes hétérodoxes de certains mots, la sublime coquille « sermon d’Hippocrate », et aussi certaines trouvailles formelles, comme de centrer sur la page les rares discours directs pour exhiber leur portée traumatique – j’ai trouvé cette mise en page plus efficace que lorsque les citations sont noyées dans le texte du roman de Sophie Chauveau, publié chez Gallimard. L’opinion d’Éric Loret, critique au Monde, sur ce roman s’il le lisait, serait sans doute qu’une certaine bourgeoisie française continue de croire qu’on va lui pardonner d’être riche à condition qu’elle souffre de ses tragédies familiales. Voilà des explications, sociologiques, économiques, qui justifient en partie ce qui m’a marqué dans la forme et dans le fond.

Alors oui, le livre n’a rien d’une exception, même (et malheureusement surtout) dans ses tragédies les plus horrifiantes. Lisant les malheurs et aventures d’une femme d’affaires conservatrice parcourant le monde méditerranéen, j’ai souvent pensé à La Triomphante, de Teresa Cremisi (publié en poche récemment). Le procédé narratif d’une femme qui s’adresse à son thérapeute est courant de nos jours (je pense à Camille Laurens, à Béatrice Fontanel).

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Il me reste cependant le goût d’une grande particularité, d’une différence. Même Pascal Quignard, dans Il se trouve que les oreilles n’ont pas de paupières (2015), n’a pas osé parler comme Bevilacqua de « viol auditif », quoique telle était bien son idée. Jamais ailleurs je n’ai lu, venant d’une femme qui découvre son nouveau-né : « Qu’est-ce qu’il était moche ! Qu’est-ce qu’il était émouvant ! On aurait dit un vieux comptable » (p. 12). Dès la page 4, l’autrice exprime son refus des histoires d’amour pour young adults qui chantent les mérites de la virilité rassurante : non, « un homme est une femme comme nous ». Ces expressions et tournures stupéfiantes font parfois croire à une littérature brute, sauvage, et en tout cas donnent foi en l’auto-édition.
Ce livre est disponible dans les librairies numériques : Amazon, Apple, Fnac.

Annie Ernaux, Mémoire de fille (avril 2016)

Je n’ai jamais pris autant de notes de lecture sur un roman aussi court, cent cinquante pages à peine. Rendre compte de toutes mes impressions sur Mémoire de fille exigerait plus qu’un article de blog.

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Ce dernier roman d’Annie Ernaux renie tous les autres. Son œuvre entière, réunie récemment sous le titre Écrire la vie, est frappée d’obsolescence : comparés à celui-ci, les autres romans sont « des à peu près », « écrits en vain ».

Ernaux explore en effet un angle mort de son écriture autobiographique : l’été 1958, dans une colonie de vacances. Ce qui s’y est produit ne porte pas de nom : c’est une sorte d’éducation sentimentale, violente et incompréhensible, que l’autrice ne sait pas sur quel ton aborder : « tragique, lyrique, romantique, humoristique, même, ce ne serait pas si difficile » (p. 57) ?

Elle choisit finalement le récit le plus neutre, abordant à la troisième personne du singulier la jeune fille qu’elle a été, commençant par décrire une photo d’elle à l’époque. Ces deux choix d’écriture sont un hommage à L’Amant de Marguerite Duras, dont Mémoire de fille constitue pour une grande part une réécriture : découverte, dans les deux cas, d’un désir et d’une sexualité qui a « rapté » l’écrivaine (p. 21) absolument « comme un viol » (p. 71).

Toute son éducation fait penser à la jeune fille que la violence sexuelle masculine est inévitable (« une loi indiscutable, universelle, celle d’une sauvagerie masculine qu’un jour ou l’autre il lui aurait bien fallu subir », où l’on relève le son « falluss…ubir », p. 45), tandis que ses désirs de femme au contraire peuvent et doivent être réprimés, afin de ne pas être « putain sur les bords ».

Non contents de lui extorquer des coucheries tolérées plutôt que consenties, les hommes de la colonie affichent dans la cantine, en manière de plaisanterie, les brouillons de lettres où elle raconte ce qui lui arrive (p. 94). Annie Ernaux donne à cet événement honteux la force d’un emblème : en prolongeant le récit autobiographie au-delà de cette parenthèse estivale, elle démontre que la publication de ses écrits a été pour elle une réponse au non-respect de son consentement dans la publication de sa correspondance privée. La littérature, c’est cet espace où elle affiche seulement ce qu’elle a désiré rendre public. Ainsi ce livre est au fond très optimiste. Sans doute « le viol est le propre de l’homme ». Mais aussi le consentement est le propre de l’écriture.

Le passage qui m’a le plus marqué ne fait pas partie des récits de violences masculines, récits qui dans la littérature contemporaine constituent hélas un lieu commun, et possèdent même une catégorie thématique sur Babelio. Non, c’est plutôt le passage où « la fille de 58 » lit avec stupéfaction Le Deuxième Sexe et se retrouve « les yeux ouverts sur un monde dépouillé des apparences qu’il avait encore quelques jours avant, un monde où tout, des voitures circulant sur le boulevard de l’Yser aux étudiants cravatés qu’elle croise en train de monter à l’École Supérieure de Commerce, signifie maintenant le pouvoir des hommes et l’aliénation des femmes ». Cette révélation, quiconque a lu de la sociologie du genre l’a vécue, parce que l’oppression des femmes est l’un des points sans doute où les sciences humaines s’opposent le plus radicalement à l’opinion commune.

D’autres avis :

Télérama, qui se concentre sur les enjeux de reconstitution littéraire,

La Cause Littéraire, qui veut redonner l’idée de l’année 1958,

Sur Mediapart, la chronique de Juliette Keating,

Le site de la librairie La Buissonnière, qui propose une revue de presse.

Hors-série n. 4 : hôpitaux et maternités

Je publie ici un vieil article que j’avais écrit en 2013 sur deux romans, l’un de 1964, l’autre de 2009, et qui prenait la poussière dans mes tiroirs. On sent peut-être à le lire que l’encre de mon agrégation de lettres modernes n’avait pas séchée : le ton est scolaire, mais le fond est sincère.

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Il ne doit pas nous surprendre qu’une femme aussi révoltée contre les réflexes patriarcaux, aussi en avance sur son temps et aussi profondément opposée à la psychanalyse que Simone de Beauvoir ait écrit l’un de ses livres les plus beaux et les plus déchirants sur la mort de sa mère. Une Mort très douce (1964) raconte les derniers instants de Françoise de Beauvoir à l’hôpital. Simone est alors une écrivaine reconnue et admirée pour Le Deuxième sexe, paru quinze ans plus tôt, et les Mémoires d’une jeune fille rangée, de 1958. Ces œuvres consacrées, classiques, sont cependant difficilement conciliables avec le court récit de la mort de Françoise, qui semble ne relever ni du militantisme, ni de la philosophie, ni de l’ambition de mémorialiste de Beauvoir. À la limite entre monument et document, elle échappe aux catégories confortables de sa production littéraire.

Cinquante ans après sa publication, il est tentant d’éclairer le dessein de Une Mort très douce à partir d’un roman contemporain qui offre de nombreuses similitudes avec celle-ci. Il s’agit de Mauvaise fille, de Justine Lévy (2009). Les points communs sont nombreux. Les deux livres sont écrits par des autrices nées dans une certaine aristocratie ; les deux livres racontent la longue et pénible maladie de leur mère, souffrante, et l’altération progressive de leurs corps, de leurs facultés intellectuelles, la difficulté qu’elles ont à faire comprendre leur activité d’écrivaine à leur mère même à l’instant de la mort, et malgré tout, la fierté de leur mère pour la grande reconnaissance sociale qu’on leur accorde dans les milieux de la culture. Ainsi chez Simone de Beauvoir, l’incompréhension entre mère et fille tient à la perte de la foi et à des mœurs que sa mère tient pour peu sérieuse : « Souvent choquée par le contenu de mes livres, elle était flattée par leur succès. »

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Dans le déroulement de la maladie elle-même on retrouve des épisodes communs. La maladie est précisément la même dans les deux cas : un cancer du sein, symbole d’une maternité maladive. Les deux narratrices sont rebutées par le corps malade d’une personne qu’elles chérissent. Beauvoir : « L’extérieur même de son corps lui échappait : son ventre blessé, sa fistule, les ordures qui s’en écoulaient, la couleur bleue de son épiderme, le liquide qui suintait de ses pores… » Lévy : « Le liquide coule. J’essaie d’oublier que ça sent bizarre, que c’est gluant, que ça a une consistance trop épaisse et que c’est maman. J’essaie de me convaincre que moi aussi j’ai sûrement de l’eau dans le ventre. » Une seule différence notable, l’expression du dégoût dans Une Mort très douce n’est pas assumée par la narratrice mais par sa sœur, « Poupette ».

Pourtant, d’une certaine manière, la similitude de traitement de la mort dans Mauvaise fille et Une Mort très douce ne relève sans doute pas d’un parti-pris esthétique ou d’un hommage quasi-plagiaire qu’un roman rendrait à l’autre, mais plutôt de faits de civilisation, d’une documentation de la mort en 1964 et en 2009. On retrouve en effet dans ces pages de nombreuses caractéristiques de ce que l’historien de la mort Philippe Ariès appelle « le renversement de la mort » dans l’Occident contemporain : le protagoniste s’intéresse à sa mort comme à un cas médical, se renseignant sur sa maladie et sur les suites qu’en ont connu d’autres malades atteints comme lui. C’est cette expérience d’objectivation que connaissent, en partie, les deux personnages de mères. Plus fondamentalement sans doute, la caractéristique de la mort contemporaine, qui permet d’en faire l’objet d’un roman, est que la mort n’est plus un instant mais une durée, qui peut aller jusqu’à plusieurs mois. Jusqu’au XXème siècle, la mort était un étrange et indéfinissable passage : aujourd’hui, elle est une étrange et curieuse période de vie. Ricœur et quelques autres critiques ont soutenu que si les romans ont tant essayé de partager l’expérience du temps, c’est que les philosophes étaient incapable d’en exprimer la notion. Lorsqu’un nouveau temps apparaît, comme ici la durée de la mort, de nouveaux romans sont nécessaires pour les dire.

En somme, tous les points communs de ces deux récits concernent des faits de culture, de civilisation ; ce qui frappe de premier abord le lecteur, à savoir la maladie, le dégoût, le malaise, le deuil pudique, tout ceci ne fait qu’ancrer le roman dans les problèmes de son époque et ne constitue pas encore un discours ni esthétique, ni éthique, ni politique. C’est dans le détail et la précision de l’écriture que va se manifester une nette différence idéologique. Le récit de Beauvoir ne prononce pas de jugement de valeur explicite sur l’objet décrit, à savoir la médecine et l’hospitalisation de sa mère. Elle laisse au lecteur la possibilité de comprendre son livre comme un plaidoyer implicite pour l’euthanasie, à la manière de Victor Hugo lorsqu’il écrit Le Dernier jour d’un condamné contre la peine de mort.

De fil en aiguille, la narratrice va dissoudre ainsi toute considération axiologique sur les bonnes et mauvaises manières de mourir, d’être en deuil, de vivre la mort de sa mère. Inutile de prétendre « se conduire de manière rationnelle en face d’une chose qui ne l’est pas : que chacun se débrouille à sa guise dans la confusion de ses sentiments. Je comprends toutes les dernières volontés, et aussi qu’on n’en ait aucune ; qu’on serre des ossements dans ses bras, ou bien qu’on abandonne le corps de l’être qu’on aime à la fosse commune. » Beauvoir ne promeut aucune bonne ou mauvaise attitude face à la mort ; au contraire elle extrait le deuil et le mourir de tout jugement de valeur. On commence à comprendre pourquoi ce récit a une place à part dans l’oeuvre de Beauvoir : la mort étant hors d’atteinte de toute idéologie, elle ne peut faire l’objet d’un essai ou d’un pamphlet militant.

Le livre de Justine Lévy est sur ce point le contraire de celui de Beauvoir. Mauvaise fille s’articule en deux temps qui prennent chacun environ la moitié du livre : le premier raconte la maladie de la mère en elle-même, le second raconte les séquelles de sa mort sur la narratrice, qui est enceinte quand sa mère meurt et qui accouche d’une fille dont elle a l’impression d’être une « mauvaise mère », comme sa propre mère l’a été pour elle. Il s’agit donc d’une simple démonstration du principe anthropologique relativement suranné, celui que « le mort saisit le vif ». C’est ce que va s’acharner à prouver Justine Lévy, sur le mode tragique : la fille de Louise commence, à peine née, à pleurer sur la photographie de sa grand-mère ; elle apprend à lire sur les épitaphes du cimetière. Point n’est besoin d’ouvrir le roman ni d’en lire une seule page pour le comprendre ; c’est écrit en bleu sur la quatrième de couverture : « Maman est morte, je suis maman, voilà, c’est simple, c’est aussi simple que ça, c’est notre histoire à toutes les trois. » Outre l’effet certain d’attraction du grand public qui consiste à annoncer dès la couverture que tout est simple et que, promis, il n’y aura pas de prise de tête, l’ambition de cette première approche du roman est nettement universelle : « c’est notre histoire à toutes les trois » doit se comprendre comme « c’est notre histoire à toutes et tous ». Lévy développe un propos totalement universel, Beauvoir un propos totalement particulier.

Un aperçu tranché de ce qui oppose Beauvoir et Lévy pourrait être compris par comparaison entre les deux excipits, qui tiennent des discours anthropologiquement opposés. Justine Lévy : « Peut-être que c’est elle qui a choisi sa mort, comme on choisit un roman avant de partir en vacances, comme on choisit une destination de vacances, ou comme ça, pour rendre service, parce qu’elle pensait que c’était bien, que c’était dans l’ordre, qu’il fallait qu’elle meure pour me laisser être mère à mon tour. » Simone de Beauvoir : « On ne meurt pas d’être né, ni d’avoir vécu, ni de vieillesse. On meurt de quelque chose. Savoir ma mère vouée par son âge à une fin prochaine n’a pas atténué l’horrible surprise : elle avait un sarcome. (…) Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s’il la connaît et y consent, une violence indue. » Tout se passe comme si le roman de Justine Lévy donnait précisément dans le discours stéréotypé auquel Beauvoir tente de répondre ici : on ne meurt pas d’une philosophie, dit-elle, ni de notre condition humaine ; il n’est rien d’universel dans la mort, contrairement à tout ce que la psychanalyse a inventé en se racontant la Mort du Père. Il n’y a pas de mort naturelle.

Sur Une mort très douce, voir l’excellente revue de l’excellent blog Le Bal des absentes, qui a fait étudier le roman à des lycéens de filières techniques. Une autre recension peut être lue sur le site d’une bibliothèque espagnole.

Du roman de Simone de Beauvoir a été tiré un tableau par Pomme Camille. On peut le voir ici et je vous y invite parce que beaucoup d’aspects de l’oeuvre y sont traduites en image.

Sur le scénario du roman de Justine Lévy, un film français a été tourné, comme le rappelle Pasiondelalectura.

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Donald J. Trump et un roman du XXIème siècle

Lorsqu’on suivait l’élection américaine depuis la France, on ne pouvait accorder le moindre crédit à l’hypothèse de l’élection de Donald Trump. Tous les médias répétaient qu’il s’agissait d’un personnage grotesque aux propositions absurdes, que Clinton avait 80% de chances de gagner, etc.

Alors ce matin, le réveil a été brutal et j’ai eu la même réaction que Daniel Schneidermann sur Arrêt sur images : qu’a-t-on bien pu manquer ? Schneidermann avance cette explication :

Tous les envoyés spéciaux des medias mainstream français qui se sont délocalisés aux Etats-Unis pour couvrir l’élection se sont installés…à New York. Au milieu des gratte-ciel, des financiers, des journalistes, des éditeurs et des think tanks, c’est à dire à l’endroit des Etats-Unis où le phénomène Trump est le plus opaque. Pas un seul ne s’est installé à Flint ou à Detroit, c’est à dire au cœur du nouveau trumpisme.

La chronique appelle enfin à la création de nouveaux médias qui soient capables de nous informer autrement, plus sincèrement et plus humainement. C’est ce que fait Arret sur images depuis plusieurs années, mais c’est surtout ce que fait la littérature depuis des millénaires.

Une romancière d’aujourd’hui s’est rendue à Detroit. C’est Marianne Rubinstein, professeure d’économie à Paris, qui publiait il y a seulement quelques mois Detroit, dit-elle, une enquête romancée sur ce qu’elle appelle « l’économie de la survie ». L’humanité, décrite dans ce livre du point de vue d’une économiste, est engouffrée dans un « détroit », un moment où sa survie est en danger et où la misère des uns s’accroît à mesure de la richesse des autres. J’ai appris par exemple que la part de l’héritage dans la richesse privée, qui n’avait cessée de diminuer depuis l’Ancien Régime (où richesse et héritage étaient presque synonymes), s’est remis à augmenter drastiquement depuis les années 1970. Aujourd’hui les riches ne sont plus, comme en 1970, des gens qui ont gagné de l’argent, mais des gens qui sont nés dans une famille friquée.

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De manière générale, ce livre donne de l’économie actuelle un portrait extrêmement pessimiste. Je ne savais pas que ma génération et mon époque étaient à ce point dans le pétrin. Les modalités de survie dans la ville en ruines de Detroit évoque à Rubinstein ses études sur l’Allemagne des années 1930 et les stratégies de survie dans les camps nazis, qui ont fait l’objet de plusieurs autres de ses livres. Par exemple, dans la Detroit d’aujourd’hui comme dans les camps, il est indispensable, dit-elle, de savoir contourner les lois, briser les règles du jeu. Pas  de survie sans travail au noir, vols ou corruption.

Donald Trump n’est peut-être que le dernier avatar de la pourriture fasciste qui se nourrit toujours des économies en décomposition.

Le titre est une référence maligne à Détruire, dit-elle, le roman de Marguerite Duras qui décrit un monde sans but, vidé de sa substance, qu’il ne reste plus qu’à détruire : un monde à l’image du capitalisme d’aujourd’hui.

D’autres avis :

Les Inrocks, qui rappellent le rôle majeur de l’art dans la survie à Detroit,

Un livre sur l’étagère, où on peut aussi commander l’ouvrage,

Page des libraires qui propose un extrait.

Hors-série n.1 : Marina Tsvetaieva

En attendant le prochain article, qui sera publié sur un site dont les responsables de rédaction sont pour l’instant fort affairé-e-s, je voudrais partager ici d’autres lectures, parues avant 2015. Il s’agira toujours d’autrices (un rappel historique viendra sur ce très vieux mot, dont on me demande souvent s’il existe).

Marina Tsvetaeva (ou Tsvétaïéva, ou Tsvétaïeva, 1892-1941) est une poétesse et traductrice russe dont la vie est une succession de misères, ce qui rend d’autant plus extraordinaires les dizaines de milliers de pages de son œuvre. Mariée trop tôt, exilée en Allemagne puis en France par refus du totalitarisme, trois enfants qu’elle élève seule en cherchant à vivre de sa plume, dont une fille qui meurt de maladie et de faim à l’orphelinat, son mari enfin mis à mort par Staline : comment écrire après tout cela.

J’ai lu d’elle un recueil poétique, et la sélection de lettres et de journaux intimes que Tzvetan Todorov a éditées pour le lectorat francophone, mais on peut trouver de nombreux recueils de Marina Tsvetaeva chez Gallimard et toute sa prose aux éditions du Seuil.

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Tsvetaïeva refuse de travailler ou de « s’insérer ». Sa devise : « aller contre » (p. 91). Elle ne se reconnait précisément dans aucune cause, aucun ordre des choses. Elle écrit en 1932 : « Le poète ne peut célébrer l’État – quel qu’il soit – car il est phénomène élémentaire, alors que l’État – tout État – est un frein aux éléments » (p. 407).

« Mourir pour… la constitution russe. Ha ha ha ! Certes oui cela sonne magnifiquement. Qu’elle aille au diable la constitution, quand c’est au feu prométhéen que j’aspire » (p. 92). Vivant dans ce feu prométhéen, M. T. le cherche aussi chez autrui : « un jour j’ai remarqué en vous une étincelle… » (p. 94), écrit-elle à un amour d’enfance. Enflammée, elle est absolument sincère à tout instant, dans toutes ses lettres : « Le moindre passant dans la rue, je l’aborde de tout mon être. Et la rue se venge. […] Tous font les hypocrites, je suis la seule à ne pas pouvoir » (p. 131). Et ailleurs : « tout entière, je suis en italique » (p. 137). Une scène m’a touché particulièrement, lorsque M. T. est attaquée en justice par le régime russe et qu’elle corrige les fautes sur le procès-verbal de son accusation. L’huissier est désolé d’être là : « C’est une honte, citoyenne, vous êtes une personne cultivée ! » – « Tout le malheur est là » (p. 204).

L’affirmation répétée de M. T. est que ses poèmes valent moins que les « êtres » qui sont la clef véritable de sa vie. Mais son rapport aux êtres est modifié par sa condition de poète. « Chez moi, la féminité vient non pas du sexe mais de la création. […] Oui, femme – puisque – magicienne. Et puisque – poète » (p. 184). Mais les œuvres elles-mêmes n’ont pas de sexe : « La Divine Comédie – c’est sexué ? L’Apocalypse – c’est sexué ? […] La base de la création – c’est l’esprit. L’esprit n’est pas sexué » (p. 260). Mais la poésie est d’abord donnée aux femmes : « les hommes sont en général plus extérieurs que les femmes, alors que la nourriture du poète, c’est : 1) le monde intérieur ; 2) le monde extérieur filtré par l’intérieur » (p. 406, on reconnait des affirmations semblables chez Rilke qu’elle lit et avec qui elle échange de nombreuses lettres, dans un allemand parfait).

« J’ai besoin des vers comme preuve : je suis encore en vie ? C’est ainsi que le prisonnier communique, en cognant au mur de son voisin » (le 15 janvier 1925, p. 257).

« Seul ce dont personne n’a besoin a besoin de poésie. C’est le lieu le plus pauvre de toute la terre » (p. 671).

M. T. parle de « victoire par le refus » (p. 328) et cela me rappelle son poème sur le refus dans Le Ciel brûle (« À ton monde insensé / Je ne dis que : refus. »). Refus d’abord du communisme soviétique dont elle sent qu’il l’exclut : « Je suis en droit, ne vivant que maintenant, une seule fois, de ne pas savoir ce qu’est un kolkhoze, de même que les kolkhozes ne savent pas – ce que je suis – moi. Égalité – en voilà de l’égalité » (p. 395).

Cette édition de T. Todorov a donné lieu à une adaptation théâtrale.

On trouve ici un article de Nuit Blanche sur ce tome et là l’avis du magazine autorisé pour la matière littéraire.

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Pour le style, Marina Tsvetaeva est l’équivalent de Tritan Corbière en Russie : un rythme saccadé, l’utilisation volontairement excessive de tirets qui interrompent la lecture des vers, mais néanmoins, par-dessous, une versification classique, que la traduction a bien du mal à rendre. D’ailleurs certains poèmes m’ont fortement rappelé Corbière : par exemple, « Dors, mon enfant, oiselet de Dieu, / Dors, dors ! » (Corbière : « Il fait noir, enfant, voleur d’étincelles ! / Dors… »).

Les tirets permettent aussi des sortes de dialogues, sans personnages fixes, à la Verlaine, à l’intérieur du vers. En somme, comme elle l’écrit, « le poète entier tient en selle / Sur le tiret ». Comme Verlaine, Tsvétaïéva est « l’oiseau de [s]on malheur ». « Trahir est mon affaire et Marina – mon nom ».

Elle connaît cependant les deux guerres mondiales que T. Corbière ignore ; son mari, Sergueï Efron, est mobilisé en 1914 ; beaucoup de poèmes l’évoquent. Le mari est « Mien : c’est aussi évident et immuable / Que cette main ». Lorsqu’elle perd son mari dans les procès truqués de Staline, Marina ne croit pas à la mort et se persuade qu’elle va le retrouver. Mais elle sait pourtant que le corps est lié à l’esprit. Sur l’âme et le corps, elle écrit : »Isoler / C’est désoler ».

« Légère est ma démarche,
— Ma conscience est légère —
Légère est ma démarche,
Ma chanson est sonore —

Dieu m’a mise seule
Au milieu du monde ;
— Tu n’es point femme mais oiseau
Alors — vole et chante. »

Une statue monumentale (mais pas très jolie) de Marina Tsvetaeva a été installée en 2012 à Saint-Gilles-Croix-de-Vie où elle a résidé un temps en exil.

D’autres avis :

Sur l’excellent blog Le Bal des absentes

Sur Charybde27

Sophie Chauveau, La Fabrique des pervers (avril 2016)

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En 1987, la psychanalyste Julia Kristeva déconseillait la lecture de Duras aux personnes fragiles. Aujourd’hui, à nouveau, il faut déconseiller ce roman pour quiconque ne s’en sent pas le courage. Mais le recommander, vivement, à tou-te-s les autres. Les lectures de ce site se font décidément de plus en plus sombres. Mais ne pas évoquer cette parution serait un aveu de défaite face aux tabous, et déjà il me semble que la presse littéraire est inhabituellement discrète sur ce livre dérangeant.

Les « pervers » sont la dynastie terrible de bourgeois incestueux, de parents dénaturés, qui maculent toute la généalogie de l’autrice, Sophie Chauveau. Les crimes sexuels dont ces parents se sont rendus coupables ne sont jamais décrits précisément, l’autrice garde envers les descriptions de détail une saine « défiance » (p. 90). Mais la sincérité de ce témoignage suffit à rendre chaque phrase presque insoutenable.

Chaque phrase a dû surgir d’autant plus fort qu’elle faisait suite à des décennies de déni ou de crainte des représailles. La romancière et biographe devait donc dépasser la soixantaine pour être enfin capable d’écrire sa prime enfance.

Le prologue de cet essai autobiographique se situe dans le Paris assiégé par les prussiens de 1870. Les aïeux de Sophie Chauveau, épiciers parisiens dans le XVIème arrondissement, font fortune en ces temps de rationnement grâce à un lugubre trafic de cadavres d’animaux qu’ils tuent dans les enclos du Jardin des Plantes. C’est ainsi que s’est nouée, selon l’autrice, une habituation à la perversité, au mépris des plus fragiles, qui a caractérisé toute la famille pour plus d’un siècle.

Voulant briser à la racine l’hérédité funeste qui la poursuit comme dans un roman de Zola (et précisément, La Fortune de Rougon date de 1871), S. Chauveau en a tiré une infinie affection pour les premières victimes de sa famille, les animaux (comme beaucoup d’autrices contemporaines). « Les maltraitances envers les animaux, envers tous ceux qui sont impuissants par nature, par statut comme par destination, m’ont toujours rendue malade, et ramenée à l’enfance. Tous ceux qui ne sont pas en mesure de se défendre, de se révolter, de se venger sont nos frères… » (p. 122).

L’immensité de sa culture vient en aide à l’autrice pour faire face à l’immensité des crimes qu’elle découvre. C’est le livre le plus cultivé, le plus tissé de citations que j’ai pu lire pour ce blog. Il se rapproche parfois des Essais de Montaigne et démontre, en actes, comment nos lectures nous aident à vivre les pires épreuves.

D’autres avis :

Toute la culture

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Les lectrices et lecteurs qui liront dans ce roman des échos de leurs expériences personnelles trouveront sur le site de l’AIVI information et soutien.

Malika Wagner, Effacer sa trace (mars 2016)

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L’article de la semaine est une exclusivité du site La Cause Littéraire et il est à lire à cette adresse.

Être publié-e sur La Cause Littéraire n’est pas très difficile du fait de l’ambition encyclopédique de la rédaction. Dans l’idéal, LCL voudrait en effet recenser et critiquer absolument toute la littérature contemporaine à mesure qu’elle paraît. Ce pari de la quantité a fait de LCL le site de critique littéraire francophone le plus consulté, parce que le plus complet.

 

Marceline Loridan-Ivens, Et tu n’es pas revenu (2015)

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À quinze ans, Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, est déportée avec son père à Auschwitz-Birkenau. Ou plutôt : elle est déportée à Birkenau, son père à Auschwitz, trois kilomètres plus loin. « L’Histoire, désormais, les relie d’un simple tiret. Auschwitz-Birkenau. […] Le temps efface ce qui nous séparait, il déforme tout » (p. 8).

Ce livre est dédié à son père, qui lui avait annoncé dès leur internement au camp de Drancy : « Toi, tu reviendras peut-être, parce que tu es jeune, mais moi je ne reviendrai pas. » Il ne se trompait pas, il n’est jamais revenu, même s’il est prouvé qu’il a vécu jusqu’en 1944.

Honte éternelle sur la police française et allemande d’avoir organisé les déportations ! voudrait-on crier.

Il est extrêmement difficile pour la critique d’analyser objectivement une œuvre littéraire aussi singulière et bouleversante. Remarquons d’abord que notre époque voit disparaître les dernières survivantes des camps nazis et la menace de l’oubli inquiète tous les livres publiés sur le sujet.

C’est aux générations à venir de ne pas se laisser abuser par le temps qui « déforme tout » et d’occuper le terrain de la vérité. Un jour, au village d’origine des Rozenberg, le maire a voulu inscrire sur un monument le nom de son père avec la mention : « mort pour la France ». Marceline a refusé : « Tu n’es pas mort pour la France. La France t’a envoyé vers la mort » (p. 68).

D’autres avis :

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Écrits de Julie

Pretty Books

Aya Cissoko, N’ba (2016)

Rencontre Aya Cissoko avec lycéens

 Il y a des gens qui ont un talent, et d’autres qui semblent tous les réunir, que rien n’arrête. Aya Cissoko est boxeuse et écrivaine. Boxeuse et écrivaine ! Championne du monde de boxe française puis anglaise en 1999, 2003 et 2006, elle est publiée aux éditions Calmann-Lévi, l’éditeur de Marcel Proust.

La semaine dernière, j’évoquais le dernier roman de Scholastique Mukasonga, qui était entrée en littérature avec Inyenzi ou Les cafards en 2006, un récit autobiographique, puis avait publié, dans un deuxième temps, un portrait nuancé de sa mère, intitulé La femme aux pieds nus. Aya Cissoko semble suivre les mêmes étapes. Après l’autobiographique Danbé en 2011, elle publie ce mois-ci N’ba, « ma mère » en bambara.

La mère de Cissoko est bambara. Son père est malinké. L’autorité paternelle lui impose le patronyme malinké. Mais elle se sent bambara, héritière des bamanan, les hommes et les femmes libres du Mali, et ce roman est pour elle l’occasion d’établir sa véritable filiation, une filiation matrilinéaire.

En littérature, déjà, c’est un nom d’homme qui vient à l’esprit des lecteurs français lorsqu’ils pensent aux malinkés, depuis Les Soleils des indépendances, premier roman d’Ahmadou Kourouma (1968). L’autorité de Kourouma est écrasante : son roman est au fondement de la littérature post-coloniale. L’histoire familiale rejoint l’histoire littéraire et ainsi, chez Cissoko, les malinkés représentent les détenteurs de l’autorité masculine. Dès le premier chapitre, la narratrice-autrice doit lutter, contre les hommes malinkés qui ont apporté au Mali les rites de l’islam, pour obtenir le corps de sa mère à la morgue.

La mort de sa mère a commandé l’écriture de ce nouveau livre, un portrait à peu près chronologique, par courts chapitres successifs. Une collaboration avec l’association « Afrilangue » a permis à Cissoko de transcrire un grand nombre de phrases de sa mère en bambara dans son livre, et c’est en bambara que sont écrits les titres des chapitres. Même en ignorant le bambara, on retient du livre au moins un mot. En effet le portrait aboutit (p. 255) à définir un peu mieux une valeur cardinale des bambaras, intraduisible, une valeur que la mère rappelle sans cesse à ses enfant, et qui est devenue le titre du premier récit d’Aya Cissoko : le danbé. Dignité, force de caractère, combativité, volonté d’avancer, respect des traditions et volonté individuelle, tout cela à la fois constitue le danbé. On pourrait la traduire par un terme de boxe, par exemple « casser la distance » : confronter l’adversité au plus près. Le danbé est ce qui relie l’écriture et la boxe chez Aya Cissoko, qui justifie son engagement dans tous les domaines. Le danbé est aussi ce qui lui reste de sa filiation bambara. « Le danbé est un talisman immatériel transmis à celui qui sait écouter. »

Jane Sautière, Stations (entre les lignes) (2015)

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Jane Sautière est très appréciée par la presse littéraire. À la sortie de Nullipare en 2010, un rédacteur du Magazine littéraire lui a fait ce beau compliment : « Sautière écrit sur le fil de ses ambiguïtés, sans tomber dans la revendication féministe. » Pas de revendications non plus dans Stations, ouf ! C’est le Magazine littéraire qui va être content !

Ou presque. Jane Sautière continue son entreprise littéraire d’aborder le monde sous ses aspects les plus matériels, sans doute par matérialisme marxiste. Dans Dressing en 2013, elle se souvenait de tous les vêtements qui avaient marqué sa vie. Cette année, ce sont les transports en commun ; les bus, les trains, les avions, etc. Ces endroits l’intéressent en tant que « lieux communs », lesquels constituent une clef de son œuvre au moins depuis 2003 et la parution de ses Fragments de lieux communs.

Le livre est composé de deux moments, deux exercices littéraires distincts : l’autobiographie, classée en série de stations de métro ou de gares près desquelles l’autrice a vécu, puis des fragments, des remarques philosophiques ou ethnologiques sur ce qu’elle voit dans les transports, le tout classé par moyen de locomotion.

Les transports : les moyens d’être libre, d’aller où bon nous semble. L’autrice, ancienne éducatrice pénitentiaire, se dit animée du désir permanent du déplacement, d’une claustrophobie fondamentale : « La crainte d’être enfermée, physiquement enfermée, me restera finalement toujours comme le risque majeur de mon existence, une métaphore de la terreur du destin qui est la clôture majeure. Et cela s’éprouve dans les transports avec une radicalité qui ne devrait pas m’étonner car il s’agit bien de cela, une métaphore, un transfert de sens, un processus de commutation de l’informulable initial » (p. 19).

La partie biographique est véritablement passionnante. L’autrice tente de redonner du sens à une succession de noms de lieux urbains qui ont constitué ce que l’on pourrait appeler sa ligne de vie. À Fleury-Mérogis par exemple, le parc George-Brassens et la rue Cronstadt deviennent les signes discrets de ses futures convictions libertaires. Tous les détails de ce livre ont un sens, un sens vital.

C’est dans le transport que la narratrice cherche à se distinguer, démarquer son individualité, son style : « j’aimerais sortir de l’indivision », dit opportunément le gros titre d’un magazine que lit son voisin de métro (p. 112). Parfois elle n’y parvient pas, lorsque les transports en commun maltraitent leurs voyageurs comme du bétail : « Dans la grande foule congruente aux heures de pointe, l’attaque au corps est parfois si forte que la juxtaposition des sensations tente d’annuler la juxtaposition des corps. Il n’y a pas de communauté de point de vue. Voilà finalement comment on garde singulier son espace, le sien, antagoniste de l’utopique espace partagé par nous, la masse. Ce qui s’abat sur la nuque du bœuf. » (p. 46). C’est par l’insolite de ses remarques que Jane Sautière garde son originalité marginale même dans les transports en commun, même dans les lieux communs.

Il est vrai qu’en Île-de-France, les transports en commun nous assimilent souvent aux bovins d’élevage, nous rapproche d’eux : nous faisons l’expérience de « ce qui s’abat sur la nuque du bœuf ». Et dans une interview récente, Jane Sautière annonçait, entre les lignes, un futur recueil de fragments sur les animaux.

D’autres avis sur ce livre :

La Cause littéraire, très enthousiaste

Liminaire, très illustré

Diacritik