Ce que les femmes font aux luttes pour la paix

Une fois n’est pas coutume, parlons d’un livre documentaire, au sujet d’une lutte dont les autrices ont été les actrices.

Il s’agit du camp de femmes pour la paix, installé en 1981 pour s’opposer à l’installation de missiles américains sur la base militaire anglaise de Greenham Common, dans le Berkshire. Le livre est paru en 1983, et nous l’aurions déjà oublié s’il ne nous avait pas été traduit et republié, en 2016, aux éditions Cambourakis. Nous apprécions énormément le travail de cette édition, et particulièrement la collection « Sorcières » tenue par Isabelle Cambourakis, qui réédite depuis deux ans maintenant de nombreux textes féministes devenus inaccessibles. Voilà pourquoi Isabelle Cambourakis constitue l’une des figures de proues du mouvement féministe français qui nous (é)meut.

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Dès février 1982, le camp est réservé aux femmes, et ce sont les femmes seules qui mèneront cette action, malgré les protestations de la très masculine CND (Campagne pour le Désarmement Nucléaire). C’est en partie ce qui explique les succès du groupe : la CND, quoique mixte, ou même parce qu’elle inclut des hommes, est moins fédératrice, moins considérée par la population locale et par l’opinion publique, que les mères de famille qui se rassemblent contre les bombes.

La photographie d’une femme enjambant un barbelé sur lequel elle a installé un tapis a motivé de nombreuses femmes à rejoindre le mouvement, explique ainsi Alice Cook : l’efficacité de cette image « repose sur la juxtaposition entre ce que nous attendons que fassent des femmes (secouer la poussière du tapis, par exemple) et ce qu’elles sont en train de faire ici (risquer d’être arrêtées et violentées pour atteindre leur but) » (p. 10).

Les succès s’expliquent aussi, il est vrai, par un contexte de négociations délicates entre Américains et Britanniques sur le transfert des armes : les États-Unis voient les agitations à Greenham d’un très mauvais œil et Margaret Thatcher aura bien du mal à minimiser les protestations (p. 22).

Les photos donnent un contrepoint étonnant et artistique aux « recettes » militantes que servent les autrices dans les différents chapitres. Ainsi celle de la danse des femmes sur un silo à missiles, le 1er janvier 1983, montre clairement ce qu’une organisation mixte, dirigée par des hommes, aurait été incapable d’accomplir. Il s’est agi d’un véritable rite de lutte, visuellement et humainement efficace, dans la mesure où il correspondait à une pratique locale pré-existante, le keening (chants et danses funéraires, p. 124).

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Au sujet de ce livre, voir aussi la chronique de Femmes-histoire-repères.

Des femmes contre des missiles. Rêves, idées et actions à Greenham Common, Cambourakis, collection Sorcières, trad. Cécile Potier, 2016 [1983], 208 p., 20€.

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