Nouvelles tristes et moins tristes (juillet 2017)

Erratum : le prix Vénus Khoury-Ghata qui  fut remis le mercredi 21 juin à Mérédith Le Dez ne récompense pas le recueil paupières closes (Mazette, 2017) comme je l’écrivais, mais le recueil Cavalier seul, avec des encres de Floriane Fagot (Mazette, 2016).

Nous apprenons ce jour, par la voix de sa Directrice littéraire Colette Lambrichs, la mise en liquidation judiciaire des ambitieuses éditions La Différence. Cette maison avait fait connaître un certain nombre d’autrices remarquables, des poètes (Lina Lachgar, Hélène Dorion…), des romancières (Maryline Gautier, Martine Pilate…) et bien d’autres encore. Sa liquidation annule la sortie imminente de livres importants, comme la nouvelle traduction du Livro do Desassossego de Fernando Pessoa par Marie-Hélène Piwnik.

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J’ai aussi quelques annonces plus réjouissantes à faire. Dans un contexte où le paysage poétique français est largement masculin, laissant dans l’ombre des femmes poètes de talent, Vénus Khoury-Ghata (Prix Goncourt de la Poésie en 2011) a créé en 2014 un prix de poésie au féminin, qui récompense la poésie française et, depuis cette année, la poésie étrangère traduite en français.

Les lauréates 2017 en sont la poète bretonne Mérédith Le Dez pour paupières closes (peintures d’Emmanuelle Boblet, Éditions Mazette, 2017) (cf. erratum) et Susana Romano Sued, qui publie aux éditions des femmes Pour mémoire (Argentine 1973-1986), en bilingue. On trouve à feuilleter le recueil de Mérédith Le Dez sur le site de Mazette.

 

Sur le même thème, Désorientale de Négar Djavadi gagne le prix Emmanuel Roblès, aussi appelé « Goncourt du premier roman », entièrement mérité. Terminons avec quelques rencontres à prévoir :

  • Stéphanie Hochet sera au festival Mots et Marées de Carnac les 22 et 23 juillet.
  • Les éditions Bruno Doucet, qui publient En quête d’un visage d’Aurélia Lassaque, seront au marché de la poésie de Rochefort-sur-Loire les 1 et 2 juillet, comme chaque année.
  • Pendant ce temps, le 1er juillet, à la Gare au Théâtre de Vitry-sur-Seine (près de chez moi), on pourra entendre Aurélia Lassaque elle-même lire sa poésie, à partir de 14h30.

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Rita Mestokosho, Née de la pluie et de la terre (2014)

Rita Mestokosho est Innue, c’est-à-dire indienne native de l’Est du Québec. La photographe Patricia Lefebvre l’a rencontrée lors de ses séjours chez les Innus. Les photographies de Lefebvre agrémentent, documentent et amplifient les poèmes de Rita Mestokosho. Le livre est enfin préfacé par Le Clézio, qui a reçu six ans plus tôt le prix Nobel de littérature.

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Le Clézio admire dans ce recueil son naturel, sa simplicité, une écopoésie fluide et facile. Les mots de l’illustre préfacier sont ceux des amateurs de primitivisme au milieu du vingtième siècle : enfin une artiste non corrompue par la civilisation, une poésie en somme de « bon sauvage ». Je trouvais cette manière d’aborder le recueil quelque peu condescendante, voire insultante. Reste qu’il est difficile d’en dire plus lorsqu’on a lu le recueil. Les mots sont d’une simplicité élémentaire. On y lit des : « cultive l’amour et non la haine / la haine est comme une épine » (p. 29).

Le ton sentencieux sert souvent à Mestokosho pour repousser l’attraction que la civilisation occidentale, et le mode de vie des francophones, exercent sur ses semblables Innus : « Ne me dis pas que tu veux partir / quand tout autour de toi respire la vie » (p. 17). Jusqu’aux fleuves du plus profond du Québec, cette civilisation s’impose à elle : « Si je dois apprendre à vivre comme un Blanc […] / j’aimerais mourir au moins remplie de souffrances / comme une vraie Innue » (p. 87). Peuple mourant, écosystème mourant, le Grand Nord est la dernière ressource de vie authentique sur Terre : « Regarde le Nord comme ton dernier souffle / garde-le pour demain » (p. 95).

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Rita Mestokosho au festival de poésie de Medellin

Non pas que Rita Mestokosho soit en conflit avec la langue française, langue d’origine de ces poèmes. Elle le dit dans une postface : « Je remercie le Créateur de m’avoir fait connaître cette langue française, et je remercie la Terre notre mère de m’avoir offert l’innu-aimun, ma langue maternelle » (p. 104). Certains poèmes sont donnés dans les deux langues. En utilisant un langage absolument rudimentaire et en donnant à lire de l’innu-aimun dans le texte, Rita Mestokosho parvient à donner l’illusion d’une familiarité du lectorat francophone avec le peuple Innu. Les photographies de Patricia Lefebvre n’y sont pas pour rien non plus.

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Ailleurs : on peut trouver des extraits du recueil lus par Mestokosho elle-même sur Youtube, et son passage sur France culture.