Karine Henry, La Danse sorcière (janvier 2017)

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La Danse sorcière un excellent roman de 631 pages… qui se casse la gueule dans les vingt dernières. Les 611 premières pages sont équilibrées, cohérentes, subtiles et sensibles. Elles disent une vérité profonde de la danse et de l’humanité. Mais les aventures controuvées de l’épilogue, brusques autant qu’invraisemblables, tiennent du thriller auto-édité. Une catastrophe.

La danse est l’objet du roman. La danse : c’est le deuil qui pense. L’émotion qui devient une motion, comme l’écrit Claudine Vassas dans la revue Insistance, à propos de Pina Bausch. Justement, l’héroïne de ce roman, Else (« autrement » en anglais) est donnée pour ancienne élève de Pina Bausch, dont la mort constituera un épisode décisif de l’intrigue.

Else tente, à travers les danses cathartiques proposées par son chorégraphe et imprésario, de dépasser un terrible traumatisme : la mort de son père, écrasé sous ses yeux par une voiture lorsqu’elle était enfant, dans des circonstances troubles dont sa mémoire refuse de se rappeler. Elle interprète par exemple l’Hexentanz, la « danse sorcière » de Mary Wigman (image ci-dessous), cherchant à transfigurer chaque geste en rite thérapeutique où les chutes seraient les métaphores de la chute de son père. Danser est le poison et le remède de sa mémoire blessée.

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Ainsi le roman offre de nombreux épisodes de cours artistiques où le langage de la danse est au service de la narration, comme l’était le langage du chant dans Gil de Célia Houdart. La sorcellerie apporte une touche de fantastique à une histoire dont plus d’un personnage est pourtant tiré du réel. L’écriture est donc à la fois très variée et très efficace, en partie parce qu’elle est très schématique, autant que pouvait l’être le film de 2011 sur Le Lac des cygnes. Hélas, toute la lente élaboration fantastique (des éléments dont on ne sait si ils sont fantasmés ou vécus par l’héroïne) est réduite en bouillie par l’amateurisme de l’épilogue.

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La critique, qui n’a peut-être pas lu le livre jusqu’au bout, n’en fait pas état, à l’image de La Vie qui se contente d’un résumé impersonnel. Peut-être faut-il laisser aux journalistes, toujours débordés, un peu de temps pour lire intégralement ce pavé qui vient de paraître.

Actualités critiques de février 2017, ailleurs et ici

Mes journées parisiennes sont bien remplies. Je n’ai plus de temps pour lire et chroniquer les parutions, et ça m’attriste, même si je suis content de voir que ma thèse, elle, avance bien. En attendant d’avoir fini l’énorme pavé que je lis en ce moment (La Danse sorcière de Karine Henry, janvier 2017), je voudrais profiter d’un week-end plus calme pour faire les annonces de plusieurs événements qui méritent toute notre attention.

Ce ne serait pas relever l’actualité de la littérature contemporaine écrite par des femmes que d’ignorer la publication récente d’un grand ouvrage collectif d’études et d’articles, sur le rapport qu’entretiennent les livres d’Annie Ernaux avec les engagements (féministe et autres). Le volume, dirigé par deux maîtres de conférences de l’université de Cergy-Pontoise, est cependant édité par mon université (Paris III), ce dont je suis fier comme un pou alors que je n’y ai aucunement participé. Il est très bien présenté par Karine Gendron sur Fabula.

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Germaine de Staël, dont l’œuvre a donné lieu à une table ronde le 21 janvier dernier, est l’objet ce mois-ci d’une étude de Stéphanie Genand, sous le titre mystérieux : La Chambre noire. Germaine de Staël et la pensée du négatif, aux éditions Droz.

la-chambre-noireEn littérature, les hommes, plus bavards que les femmes en cela comme en tout, ont écrit la plupart des autobiographies. Mais ce genre a aussi été illustré par des femmes qui n’ont pas craint de parler de soi : Herculine Barbin, Simone de Beauvoir, Annie Ernaux, etc., désormais réunies dans un ensemble d’études intitulé Genre, sexes, sexualités : que disent les manuscrits autobiographiques ?, aux PURH.

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Pour finir sur les nouveautés de ce blog, et comme annoncé en décembre dernier, un index des femmes de lettres est maintenant en place, accessible par un lien en haut à droite. Il classe tous les articles du blog par ordre alphabétique des noms d’autrices. C’est-y pas beau ?

Claire Huynen, À ma place (août 2016)

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Je ne connaissais pas les éditions du Cherche midi, et l’objet littéraire que constitue ce livre m’a paru également tout à fait nouveau. Il semble ne s’y passer presque rien : une narratrice, Lise, déplore la fin de son amitié de longue date avec un certain Franck, qu’elle n’apprécie plus autant que dans leur enfance. Franck s’est intégré à la famille de Lise, à son cercle d’amis aussi : elle s’en est donc exclue progressivement, pour éviter de revoir cet ami ancien.

Et c’est apparemment tout. Comme une montagne d’autres livres qui paraissent tous les mois, il s’agit du récit d’une rupture. Une rupture à peine amoureuse (infime différence), et assez peu lyrique. On ne pleure pas, on déplore. Non, vraiment, c’est un livre extrêmement discret, qui n’a pas donné lieu à beaucoup d’articles sans doute parce que les critiques ont peiné à trouver quelque chose à en dire.

Pourtant c’est déjà là un choix très surprenant, pour un lecteur d’aujourd’hui, que d’évoquer juste une rupture amicale. Claire Huynen pourrait dire comme son héroïne Lise : « Je ne sais pas si je préfère l’amitié à l’amour, mais je crois que je la comprends mieux » (p. 92). Lise, l’héroïne, possède une compréhension de l’amitié acquise avec le temps ; il se passe des mois, parfois des années entre un chapitre et le suivant. Ainsi il s’agit du roman d’un vide, indescriptible : les années qui ont passé sans qu’on les voie, les amis qui n’en sont plus et qui laissent le « vertige » de leur place vacante. L’absence remarquable de critiques dans les journaux traditionnels est donc peut-être le signe de la réussite totale de l’ouvrage, qui est devenu lui-même une absence.

Voir aussi :

L’étudiant autonome, qui semble bouleversé par ce livre,

Une fille à la vanille, qui avoue comme moi une certaine difficulté à parler du roman,

Et une courte présentation par l’autricesur Youtube.

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Encore un petit mot pour annoncer certaines activités intéressantes que je n’avais pas notées dans l’agenda précédent !

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Je voudrais aussi signaler quelques parutions récentes qui ont l’air vraiment stimulantes, sans du tout prétendre à l’exhaustivité (n’hésitez pas, si l’actualité littéraire vous intéresse, à consulter mon compte Twitter où je RT pas mal d’annonces de parutions) :

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À la semaine prochaine !

Julie Estève, Moro-sphinx (avril 2016)

La précipitation de rentrée ralentit un peu le rythme de mes lectures, mais heureusement je finis au moins un roman par semaine. Aujourd’hui, ça parle d’une trentenaire qui s’appelle Lola. Son père est veuf et alcoolique, son amant l’a quittée pour une autre : elle ne croit plus au bonheur. Tard le soir, lorsqu’elle sort d’un travail sans intérêt, elle enchaîne les conquêtes et se donne à tous les hommes qui passent. « Bonne qu’à ça », se dit-elle toujours en enfilant ses jupes courtes et ses talons « stratosphériques ». Il pourrait s’agir d’une simple illustration du lien freudien entre eros et thanatos, entre l’amour et la mort, et tous les détails de l’écriture, dans leur cruauté et leur violence, tendent vers cette interprétation. « L’amour joue à la roulette russe » (p. 113). Le désir est sans cesse menacé de morbidité. « Bon qu’à ça » : c’était déjà la réplique célèbre de Beckett, freudien s’il en est, quand on lui demandait pourquoi écrire des livres.

Je ne vois pas grand chose de plus dans Moro-sphinx, si ce n’est, peut-être, à travers la présence en filigrane de la mère défunte de Lola, une réinterprétation de ce thème eros-thanatos au prisme du terrible déterminisme familial, qui est l’une des plus grandes préoccupations de la littérature contemporaine. Mais cela fait peu, et encore une fois, les éditions Stock me déçoivent par leur manque d’ambition artistique.

Après tout il s’agit d’un premier roman. On y perçoit de grandes qualités d’écriture dans le détail, et je suis même prêt à lire les prochains livres de Julie Estève.

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Sur ce livre, voir ailleurs :

Une interview par Happy project,

Le blog Les livres de Joelle,

Le carré jaune.

Leïla Slimani, Dans le jardin de l’ogre (2014)

Pour soulager ma conscience de n’avoir pas acheté Chanson douce, le Goncourt 2016, j’ai lu Dans le jardin de l’ogre (2014), le premier roman de cette écrivaine dont le début de carrière est unanimement acclamé. Il s’agit du récit d’une addiction sexuelle incontrôlable et de ses conséquences funestes sur la femme qui en est victime, à la manière de Nymphomaniac, le diptyque de Lars von Trier sorti un an plus tôt, en 2013. Sans doute l’actualité artistique a-t-elle joué dans la décision de publication de Gallimard.

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L’histoire : Adèle, l’héroïne, erre dans Paris, de conquête en conquête et d’un drap à l’autre, jamais satisfaite, telle la Messaline de Juvénal, le tout au nez et à la barbe de son riche médecin de mari, Richard. Dans le dernier tiers du roman, Richard fait une chute de moto et découvre le pot-aux-roses durant son hospitalisation. Suit une longue descente aux Enfers pour Adèle qui s’entend dire par sa mère une dure leçon : « les gens insatisfaits détruisent tout autour d’eux » (p. 215).

Il s’agit donc d’un roman très équilibré, construit symétriquement : excès et débauche d’abord, souffrances et résipiscences. Une scène m’a marqué en particulier : celle du boulevard de Clichy, parce qu’elle introduit des mots d’arabe et un peu de la culture maghrébine qui est au centre de son nouveau roman goncourisé (p. 146). L’héroïne erre sans but dans Paris et croise un arabe devant un bordel, qui lui dit un mot d’arabe (hchouma) signifiant un manquement moral :

« – Hchouma. – Qu’est-ce que tu as dit ? » Le vieil arabe ne lève pas la tête. Il continue de regarder en biais la danseuse qui lèche ses doigts, et les pose sur ses tétons en gémissant. « – Hchouma. – Je t’entends, tu sais. Je comprends ce que tu dis. »

Comme dans Chanson douce, le roman est en français, mais la dure réalité refait surface, en arabe dans le texte. Adèle, le prénom de l’héroïne, est masculin en arabe (Adel) et signifie « justice ». J’ai pensé en lisant ce livre à Umberto Eco, mort récemment, et à son De la littérature : « contre notre désir de changer le destin, les livres nous font toucher du doigt l’impossibilité de le changer. Et ce faisant, quelle que soit l’histoire qu’ils racontent, ils racontent aussi la nôtre, et c’est pourquoi nous les lisons et les aimons. Leur sévère leçon répressive, nous en avons besoin. »

D’autres avis :

Bouquineuse compulsive, qui a lu ce roman aussi après le Goncourt 2016,

Pages versicolores, qui évoque le film Shame de Steve McQueen en 2011 sur le même sujet,

D’une berge à l’autre, qui trouve le roman assez superficiel.

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Julia Deck, Le Triangle d’hiver (2014)

Être chômeuse est un travail à plein temps. Surtout pour « mademoiselle », l’héroïne du Triangle d’hiver, qui décide, faute d’emploi qui lui soit destiné, de s’inventer une vie. Elle emprunte en effet le nom et la profession de la romancière Bérénice Beaurivage, personnage d’un film d’Eric Rohmer joué par Arielle Dombasle. Armée de cette identité, elle s’enfuit à Saint-Nazaire, une ville dont elle ne sait rien.

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Un homme simple et pragmatique, jamais nommé autrement que l’Inspecteur, se prend au jeu de cette Arielle Dombasle du dimanche, et devient le mécène malgré lui de sa fiction sociale. Il est d’abord dupe, ensuite perplexe, enfin désespéré par l’hermétisme identitaire de l’héroïne qui refuse de se chercher un emploi, un logement ou de se faire des amis, et prétend écrire un roman dont elle ne lui fait pas lire une ligne. Blandine Lenoir, une journaliste un peu jalouse, voudrait démasquer la fausse romancière et en détourner l’Inspecteur, mais sans y parvenir tout à fait. On apprendra finalement que dans ce triangle équilatéral, « mademoiselle » n’est pas la seule à inventer son identité…

Le monde social est un théâtre, disait déjà Sartre dans les romans et dans les pièces qui lui ont valu le prix Nobel. L’existentialisme intéresse beaucoup l’écriture contemporaine, et aujourd’hui presque tous les personnages de romans sont des « hommes sans qualité » (Musil) qui inventent leur existence à partir d’un anonymat imposé. J’en parlais déjà au sujet de Lola LafonLe Triangle d’hiver est une variation de ce thème.

Dans le roman de Julia Deck, l’identité est abordée comme le « remplissage » d’une forme vide, géométrique. En effet le « triangle d’hiver » (une constellation à plus d’un titre symbolique) n’est que l’une des très nombreuses formes géométriques qui peuplent les descriptions de lieux et de personnages creux, sans âme et interchangeable. Dans son carnet de romancière, l’héroïne, au lieu d’écrire des mots et des phrases, dessine « des hiéroglyphes », des « lignes de ronds et de points » (p. 119) : c’est-à-dire la forme d’un roman, mais sans le sens. Et comme à la fin d’un livre de Jean Echenoz, libre au lecteur d’estimer si ce roman possède ou non un contenu.

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D’autres avis :

Matériau composite, qui résume l’intrigue mieux que moi,

Culturebox, qui soulève beaucoup de questions intéressantes,

Bulle de manou,

Zone Critique, sensible à la satire sociale,

La revue de presse sur le site des éditions de Minuit.

Lola Shoneyin, Baba Segi, ses épouses, leurs secrets (octobre 2016)

Malgré ses études brillantes qui devaient lui assurer une vie autonome, Bolanle devient la quatrième femme de Baba Segi, un riche nigérian avide de conquêtes, de vingt ans son aîné. Son éducation vient bousculer les mesquineries et les cachotteries du ménage qui a déjà sept enfants ; c’est un vaudeville qui raconte l’effondrement des hypocrisies des traditions matrimoniales face aux progrès de la médecine et à l’américanisation de la culture nigériane : une farce du XIXe siècle, qui tourne vite à la tragédie.

L’humour est très théâtral, très classique aussi. La stupidité du « seigneur » et mari, la mesquinerie des co-épouses de Bolanle, donnent lieu à des portraits de caractères assez tranchés. La révélation des secrets des personnage arrive à un rythme régulier. Bref, la mécanique du comique et de la satire est en place et laisse peu de place à la subtilité ; le livre semble entièrement dévoué à la cause du progrès et de l’occidentalisation. Le choix paradoxal de Bolanle, vivre une vie humble et traditionnelle après une éducation moderne, est expliqué au cours du roman par un traumatisme inaugural, gardé secret, qui à lui seul condamne la société nigériane tout entière.

Au passage pourtant, on en apprend beaucoup sur les mœurs et le quotidien des zones rurales nigérianes. Comme chez Adichie, dont les discours m’ont convaincu de lire plus de littérature nigériane, il s’agit d’une encyclopédie romanesque. Shoneyin documente une vie en voie de disparition.

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Cette lecture valide 291 pages de littérature étrangère dans le cadre du challenge ABC, un jeu de lectures à contraintes du forum Livraddict.

Agenda janvier 2017 : actualité des femmes de lettres

Comme les mois précédents, je laisse ici quelques événements qui animeront la recherche francophone au sujet des femmes de lettres. Ils sont nombreux et tous tentants :

  • le jeudi 12 janvier à la Maison de la Poésie, Gaëlle Obiégly lira des extraits de son roman à paraître aux éditions Verticales, N’Être personne ;
  • le lundi 16 janvier à la librairie Tschann (Paris 6ème) sera remis le prix de traduction Nelly Sachs à Véronique Lossky pour sa traduction de l’anthologie de Poésie lyrique de la poétesse russe Marina Tsvétaïeva dont je parlais ici ;
  • le jeudi 19 janvier à la Maison de la Poésie, Anne Serre lira des extraits de son Voyage avec Vila-Matas, roman à paraître ;
  • les 18, 19 et 20 janvier aura lieu à l’École Normale Supérieure de Lyon un très grand colloque sur le sexe et le genre dans les productions culturelles francophones (je sais, pour en venir, que l’ENS de Lyon est à la pointe dans ces domaines, grâce à de nombreux séminaires et un labo junior entièrement consacré aux études de genres) ;
  • le samedi 21 janvier se tiendra à l’université Paris Diderot une table ronde sur Madame de Staël, dont on a souvent une image mièvre mais qu’il faut lire pour bien connaître !

Ouf, je crois que c’est tout ce que j’ai repéré !

Alice Ferney, Cherchez la femme (2014) [2013]

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Une intrigue amoureuse de 700 pages, sur plusieurs générations : cette épopée vertigineuse, à la Zola, est écrite par Alice Ferney, sociologue qui s’est spécialisée dans la division du travail au sein de la famille.

En deux mots : Serge Korol, un brillant normalien qui soigne son image, devient entrepreneur et conférencier, fait fortune sur ses discours. Il rencontre Marianne Villette et l’épouse : trois enfants plus tard, le couple divorce. Le livre illustre une « hécatombe relationnelle » que Ferney décèle dans la vie des couples modernes, et en particulier dans l’amour au masculin. Car si le sentiment amoureux est à la racine de toutes les histoires dont ce roman-fleuve est parcouru, c’est la manière d’y réagir, de lui donner suite ou non, de sacrifier à l’amour beaucoup ou peu de sa personne, qui fait l’objet de Cherchez la femme.

La romancière reste sociologue à bien des égards, et par exemple dans sa lucidité absolue : l’instance narratrice dissèque chaque décision, donne à chacune des causes profondes qui échappent complètement à ses personnages, qui sont pourtant de bonne volonté.

On peut, comme CritiquesLibres, trouver cette narration « trop clairvoyante ». De quel droit l’autrice prétend-elle à la compréhension de tout le ressenti de ses personnages ? D’aucun autre droit, à mon avis, que d’être une femme. Le roman expose un savoir relationnel et émotionnel pour lequel Alice Ferney n’a pas d’autre autorité que le fait de « vivre au féminin ». Par exemple : « faut-il vivre au féminin pour ressentir cette détresse de la maison désertée et la désolation que laissent les enfants quand ils partent ? » (p. 179). Les sentiments de Marianne, comme ceux de Serge, dépendent grandement de son genre : « son ancienne peur d’enfant pesait dans son ventre comme un fœtus » (p. 295).

« On traverse le mariage non pas en tête à tête mais en lignée, non pas à deux mais à six » (p. 253) : cet axiome justifie toute l’interrogation généalogique déployée autour du couple Serge-Marianne et explique l’épaisseur du roman. La démonstration passe par une reconstitution, presque policière, de la catastrophe sentimentale annoncée.

D’autres ressources :

Olivier Bleuez pour La Cause littéraire, sensible à la dimension scientifique de l’observation sociale de Ferney,

L’Obs, qui qualifie ce livre de « roman classique »,

Une interview sur le site La Vie.