Khoury-Ghata, Adnan : poétesses de la diaspora libanaise

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La première monographie consacrée à Vénus Khoury-Ghata paraît ce mois-ci, écrite par Francesca Tumia : thèse exigeante sur la théorie et la pratique de la métaphore poétique. Mais j’ai déjà présenté Khoury-Ghata ailleurs, et c’est d’une autre poétesse libanaise exilée que je veux parler aujourd’hui.

Née en 1925 à Beyrouth, Etel Adnan a été élevée dans l’école d’un couvent français avant de poursuivre des études de philosophie à la Sorbonne, lorsqu’elle arrive à Paris à 24 ans : voilà pourquoi la langue française ne l’a jamais quittée. Mais une bonne part de sa production est anglophone : car elle a finit ses études en Californie à Berkeley, puis de l’autre côté de l’Amérique, à Harvard, et elle semble renommée outre-Atlantique plus que dans nos contrées, bien qu’elle vive aujourd’hui à Paris.

surgir

Surgir est un cas d’école de ce double exil : paru en anglais en 2018, il est traduit en français l’année suivante. Il raconte comment la réalité se construit dans l’exil, et comment l’exil donne matière à la réalité : « Enfant, j’ai été trouvée dans un panier, dit-on, plein de roses, et avec des rubans. Nulle mention des épines. / Beaucoup a à voir avec ce que nous entendons par réalité : la réalité d’un panier est-elle un concept ou un outil pour garder les pieds sur terre (physiquement et mentalement) ? / Et le panier était-il aussi évident que l’enfant ? » (p. 10-11).

Cette poésie est donc un roman des origines, où le mythique se mélange à l’exotique, non sans poser question : « Il se pourrait bien qu’Empédocle se soit jeté dans le Popocatepetl (et non dans son volcan sicilien). Personne, que l’on sache, n’a assisté à ce moment. » (p. 24) La mondialisation du mythe trouble son ancrage dans la réalité, voire amène à la fuir : « Ainsi parlons-nous de l’état lamentable de la Terre, puis, une fois rentrés, allumons l’ordinateur, laissons notre peur du vide se projeter avec une force qui n’a pas de matérialité. Ah, l’ordinateur, qui remplace le cinéma des années perdues ! » (p. 26).

Son exil est le nôtre, dans une société aussi mondialisée. Elle n’apporte pas de solution simple, comme pourrait le laisser penser la sentence trompeuse de la p. 29 : « Dans la perception, la rédemption« . Car après cette profession de foi empiriste, la poétesse confesse néanmoins que l’appel du monde extérieur l’angoisse : « Mais récemment, les objets ses ont mis à m’effrayer, conscients qu’ils semblaient être de leur indépendance et, poussant plus loin l’arrogance, ayant leurs propres méditations, interférant avec la mienne. » (p. 32). La poésie laisse la réalité en suspens, et l’on ne s’étonnera pas qu’Etel Adnan se soit adonnée beaucoup plus à la peinture.

Etel Adnan
© http://www.arles-architecte.fr/

Voir ailleurs : Surgir dans l’anthologie permanente de Poézibao et une présentation d’Etel Adnan dans Le Monde des livres.

Etel Adnan, Surgir, trad. Pascal Poyet, éd. de l’Attente, 2019, 74 p., 10€.

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