La farce camerounaise de Calixthe Beyala

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Le parcours de vie de Calixthe Beyala est très semblable à celui de Léonora Miano : les deux sont nées à Douala au Cameroun ; les deux sont venues poursuivre des études supérieures en France et s’y sont installées en banlieue parisienne avant de publier, très vite, leur premier roman remarqué : pour l’une, ce fut C’est le soleil qui m’a brûlée (Stock, 1987) ; pour l’autre, L’Intérieur de la nuit (Plon, 2005). Pourtant, le dernier roman de Calixthe Beyala est à mille lieues de la polyphonie humaine et subtile à l’œuvre dans les livres de Léonora Miano.

Le Christ selon l’Afrique (2014) est un portrait burlesque, caricatural et cruel de la société camerounaise. L’écrivaine prend face à son objet la posture surplombante et l’ironie tendre d’un Flaubert face à la bourgeoisie : plusieurs stylèmes flaubertiens, le discours indirect libre entre autres, se glissent dans le roman. Si l’on en croit Beyala, les Camerounais, « en voie de sous-développement » (p. 42), sont cupides, égocentriques et bornés ; ils ne comprennent pas un mot des discours de la science, qui leur semblent « aussi mystérieux que les desseins des colons lorsqu’ils arrivèrent chez nous, aussi opaques que les projets de notre président, tout aussi insondables et nébuleux que ce Christ qui inlassablement ressuscitait alors même qu’on ne cessait de manger sa chair chaque dimanche à l’église » (p. 17).  Ainsi ils tombent dans la plus ridicule superstition. Un prophète local, qui se fait appeler Paul depuis qu’il a reçu la révélation divine « le jour de son licenciement » (p. 20), est vénéré au point qu’à sa mort, on le réfrigère pour le maintenir à la morgue plusieurs mois d’affilée. Certains tentent « d’imiter les Blancs », mais ne parviennent qu’à devenir de risibles « transsexuels culturels » (p. 101).

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© camer.be

Quelquefois, cette méchante crédulité laisse place à des débats démocratiques et vraiment humains, où l’on sent l’ironie de l’autrice éclipsée par sa préoccupation pour son pays natal. On appréciera par exemple l’extraordinaire scène de rituel kémite africaniste, qui tente de réinventer une ferveur religieuse sur les ruines de l’église catholique coloniale, p. 201-203. La nuit de piété dégénère malheureusement en débauche collective.

La grande différence entre cette farce camerounaise et l’ironie flaubertienne réside peut-être dans l’adoption d’un point de vue interne, celui de la jeune Boréale, femme résignée et terre-à-terre quoiqu’aussi combattive que la sympathique Ifemelu d’Adichie, et dont l’opinion résume sans doute le propos du roman : « l’Afrique est sur la Croix. L’Afrique c’est Jésus. Elle meurt pour que le reste de l’humanité vive. C’est son sang que le prêtre boit tous les dimanches » (p. 126).

Voir ailleurs : les interview de Calixthe Beyala à Bretagne actuelle et à RFI, et les avis des blogs Eve mag, Social Media Cameroun et Goliath.

Calixthe Beyala, Le Christ selon l’Afrique, Albin Michel, 2014, 272 p., 19,50€.

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