Prosopopée des cavernes : Nathalie Léger-Cresson

Quand donc aurai-je terminé de raconter toutes les lectures formidables que le marché de la poésie 2018 m’a amené à faire ? Les éditions des femmes y tenaient un stand, comme j’ai dit, et me tournant vers leurs nouveautés, j’y ai découvert Nathalie Léger-Cresson. Elle publie cette année ce titre imité de François Villon : À vous qui avant nous vivez.

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L’œuvre de Nathalie Léger-Cresson est obsessionnellement dirigée vers la temporalité immémoriale. En 2012, elle nous plongeait dans le mystérieux empire khmer avec Encore et Angkor. Et même en 2014 lorsqu’elle faisait paraître une histoire d’amour, Hélice à deux, l’amour était conté comme une histoire biologique multiséculaire, la danse de l’ADN et la reproduction des espèces.

À vous qui avant nous vivez est une fantaisie qui visite, salle par salle, la grotte Chauvet-Pont-d’Arc, traversée, occupée et peinte par nos ancêtres du genre homo entre trente-sept mille ans et vingt-huit mille ans avant notre époque. L’architecture de la grotte y devient le principe organisateur des chapitres du livre.

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Il faut bien avouer que depuis un siècle de recherches et d’interrogations, le sens de l’art pariétal échappe à peu près complètement aux plus pointus des spécialistes. Il nous est « inappropriable », comme l’a dit Raphaël Dallaporta, et Léger-Cresson elle-même l’avoue dès la huitième page : « on n’y comprendra presque rien ». Pour satisfaire notre éventuelle curiosité, des annexes scientifiques ébauchent la chronologie de l’occupation et de la production des peintures à Chauvet en fin d’ouvrage. Mais l’essentiel n’est pas là, et il n’est nul besoin d’être spécialiste pour l’apprécier.

Ce livre, subjectif et fantasmagorique, imagine en effet, à partir de maigres certitudes scientifiques, la vie, la conversation et la pratique artistique dans la grotte, allant jusqu’à inventer des langues préhistoriques, des apparitions paranormales, des conversations du troisième type. Les personnages avouent bien volontiers leur caractère puérilement surnaturel : « J’avais neuf ans, il y a 35 000 ans, après ma première cérémonie dans la grotte… » (p. 104). Finalement, l’autrice donne la parole aux parois elles-mêmes,dans une forme de prosopopée miraculeuse, tendre et érotique, entre la lionne au sexe de femme et le bison qui pose sa tête sur son ventre.

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Tandis que les rayons de librairie sont noyés sous les autofictions et les romans de témoignage, À vous qui avant nous vivez ne témoigne de rien, et contourne malicieusement la reconstitution historique par un détour salutaire par la grotte préhistorique, dernier refuge de l’inexplicable vus les immenses progrès de la science de l’homme.

Ailleurs : la bibliographie de Nathalie Léger-Cresson, sa présentation du livre à la librairie Mollat, les avis de Yv, Aline Sirba pour onlalu, et Philippe Annocque.

Nathalie Léger-Cresson, À vous qui avant nous vivez, éditions des femmes, 2018, 190 p., 13€.

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N.B. : il serait fort dommage de confondre Nathalie Léger-Cresson avec son homonyme Nathalie Léger, écrivaine née la même année (1960), qui fut l’éditrice posthume d’Antoine Vitez dans les années 1990.

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