La beauté des grands ensembles : Marie Richeux

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La « façade des mille fenêtres », de Fernand Pouillon, construite en 1961

Dans les immeubles de Fernand Pouillon, à Meudon-la-Forêt, Marie Richeux a grandi, Marie Richeux qui est aujourd’hui chroniqueuse à France Culture et romancière aux éditions Sabine Wespieser (« Marie Richeux, très humaine, très aimable », m’a dit quelqu’un à la bibliothèque, voyant son nom sur le livre que je lisais). À partir d’un retour sur ses souvenirs d’enfance, elle compare dans Climats de France l’utopie sociale de Pouillon avec son expérience, se gardant bien de railler l’idéalisme de l’architecte (faire un « palais pour les prolétaires », était-ce idéaliste ou bien seulement moral?).

Son voisin de palier dans cette cité était un Algérien qu’elle interroge et fait témoigner tout au long de son livre, s’apercevant petit à petit que la grande Histoire (la guerre d’indépendance, la décolonisation) se perd et se défait dans la petite histoire familiale… Tout est nuancé dans ce livre brûlant, même cette profession de foi islamique nuancée (p. 117),  loin du « parcœurisme » qu’on lui attribue dans les caricatures…

 

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Les HLM racontent surtout la petite histoire, d’où la guerre, dans toute les têtes, est presque invisible. En même temps, le roman développe un récit sans lien en apparence, celui de la construction de ces cités-palais. Ce qui est sûr, c’est que la France a été algérienne, et que l’Algérie fut française : « Climats de France », c’est le nom d’une cité presque identique à celle de Meudon-la-Forêt, construite par F. Pouillon à Bab-el-Oued, et qui fait s’écrier à la narratrice : « la Méditerranée traverse la France, comme la Seine Paris » (p. 90).

Le plus grand choc pour moi, lisant ce roman historique, a été de me rendre compte que le mépris pour la vie de HLM, pour ce que Chris Marker et Pierre Lhomme appellent « la pathologie des grands ensembles » (p. 140), je l’ai tout à fait perdu. Je trouve ces bâtiments, leur histoire, leur utopie, tout à fait beaux et réussis. Les « abîmes de moellon », comme Balzac les appelle dans Le Bal de Sceaux, ont leur mérite.

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Seul Abd-el-Kader, le fils du voisin-témoin de Marie Richeux mort du sida et grand absent de ce roman, réinscrit finalement l’aventure familiale dans l’histoire longue. Le tout est peint avec tant de nuance qu’on pourrait dire, comme Yourcenar le remarque de son Hadrien, que Marie Richeux a fait Pouillon et le maire d’Alger Jacques Chevallier sans doute plus sages qu’ils ne furent.

Marie Richeux, Climats de France, Sabine Wespieser, 2017, 277 p., 21€.

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