Le chant précède l’oiseau : Fabienne Raphoz

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Avec « l’intensité d’une passion juvénile à l’âge adulte », Fabienne Raphoz écoute bruisser son jardin du Faucigny. « Le chant précède l’oiseau » (p. 13), et l’ouïe la vue : il faut être à l’affût. Raphoz se fait metteuse en scène d’un espace intermédiaire entre « côté fenêtre » et « côté livre » (p. 107) : certaines scènes prennent une ampleur absolument mythologique. Au matin les geais chahutent la chouette hulotte, véritable « vengeance du jour sur la nuit » (p. 12) ; un rouge-gorge héroïque se dresse courageusement face au pull rouge de la narratrice (p. 86).

Le style est peut-être l’impensé de ce livre, qui regorge d’historiettes efficaces. Les chants d’oiseaux, qui tombent toujours juste, mériteraient des mots justes eux aussi. La nomenclature scientifique des oiseaux, par exemple, que Raphoz décline savamment tout au long du recueil, possède un pouvoir de différenciation des êtres et du réel dont l’effet sur notre représentation du monde devrait recevoir un autre nom que « ça fait rêver » (p. 96).

Sur la disparition massive des oiseaux de France, Fabienne Raphoz ne craint pas la redite, et se montre plus didactique que poétique. On sent avec quelle difficulté elle permet au lecteur, un instant, de goûter au bonheur de ce que « la population des ibis a connu une bonne saison » (selon un rapport d’ornithologues, p. 79). Elle se sent obligée d’ajouter aussitôt : « Oui, l’infime de la friche, comme la préservation, nous réjouit, / provisoirement. » Plus loin, la catastrophe écologique industrielle appelle, par une association d’idées assez grossière, les camps de concentration (p. 129-131). On aurait peut-être pu attendre qu’un recueil de fragments qui tente de traduire la voix des oiseaux prenne lui-même un peu de hauteur… ! Pour une véritable philosophie de l’oiseau, je m’en tiendrai donc, en attendant plus poétique, à la thèse de doctorat de Michel Jourde, joliment intitulée : La voix des oiseaux et l’éloquence des hommes : sens et fonction des manifestations sonores de l’oiseau dans la littérature française des XVIe et XVIIe siècles.

Pour d’excellentes chroniques de cet ouvrage, voir aussi : Diacritik, Terres de femmes, et Poézibao.

Fabienne Raphoz, Parce que l’oiseau. Carnets d’été d’une ornitophile, Éditions Corti, janvier 2018, 192 p., 15€.

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