Du Mexique à Paris en passant par la Belgique : Dolores Dorantes

N’est-elle pas bien jolie, la gare d’Amay, en Belgique, à mi-chemin de Liège et de Namur ?

Mais il y a plus remarquable encore, à Amay. La petite commune de quatorze mille âmes accueille aussi une Maison de la Poésie, laquelle est devenue en 2006 une maison d’édition de poésie francophone, L’Arbre à Paroles. Son catalogue contient déjà pas moins de neuf cent titres, et ce n’est que le début…

Tout récemment, l’édition a lancé une collection de traductions, « iF », où est venu paraître un recueil de Dolores Dorantes, Styles (Estilo, 2016), traduit de l’espagnol par Cathy Fourez, que j’ai emprunté à la médiathèque Hélène Berr, à Paris. Car Dolores Dorantes est Mexicaine, comme elle le raconte sur son blog. Après avoir milité à Ciudad Juarez contre les féminicides (dans le mouvement Ni Una Menos), elle a fui aux États-Unis où des preuves suffisantes de menaces de mort lui ont permis d’être protégée par le statut de réfugiée politique. Elle est aussi, paraît-il, prêtresse bouddhiste de la tradition Mahajrya, et une fervente défenseuse de l’Amérique latine unie.

« Ce livre n’existe pas », ne cesse de répéter la voix lyrique plurielle et paradoxale. C’est qu’il s’écrit à reculons, chaque mot risquant fort de devenir un mot d’ordre. « Nous nous coordonnons comme des militaires ou comme des pays » (p. 59) : l’assemblage paroles, le « nous » fervent est devenu suspect. La « défense constante du style classique » (p. 55) est devenue une souffrance malsaine infligée à la langue. Dans ce recueil, tout se passe comme si la cohorte des Muses, s’adressant au Poète (« maître », « professeur », on n’en saura pas plus sur lui) lui promettait une obéissance masochiste. « Ferme-nous. Détruis-nous la bouche. Entre. Torture-nous dans d’autres réalités. Prends-nous avec la pensée et la parole » (p. 11).

A la suite du recueil, la traductrice a placé une notice explicative pour contextualiser et resituer ces fragments de Dorantes, étrangement numérotés dans le désordre. Le recueil nous demeure étrange.

Voir aussi la critique de Victor Martinez pour le CCP, celle de Lelittéraire, et en anglais, de A Space For Image.

Dolores Dorantes, Style, L’Arbre à Paroles, coll. « iF », 2016, 91 p., 10€.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑