Entre baumes et bonshommes, une enfance de Valentine Goby

Valentine Goby est passée sur le devant de la scène avec Kinderzimmer (2013), l’histoire d’une femme enceinte dans le camp de Ravensbrück. Maintenant il est trop tard pour tout connaître de Goby : depuis 2002, elle a écrit plus de trente romans, essais et albums pour enfants. Chaque rentrée littéraire, elle est aussi inévitable qu’Amélie Nothomb (c’est là peut-être leur seul point commun). Ce mois de septembre 2017 paraissait Je me promets d’éclatantes revanches, un essai sur Charlotte Delbo et l’écriture après la Shoah. Beaucoup d’autres titres auraient pu aussi m’attirer : Qui touche à mon corps je le tue (2008), Tous Français d’ailleurs ! (2016), etc.

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Mais si l’on veut entrer dans l’univers foisonnant de Valentine Goby par la petite porte, on trouvera facilement un certain nombre d’histoires courtes et néanmoins riches de sens. Voici par exemple Baumes : en moins de cent pages, l’autrice esquisse le portrait de son père et trace une tranche romancée de son enfance.

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Goby est née à Grasse, capitale mondiale des parfums, décor du Parfum de Patrick Süskind, que toute la France a lu au collège. Le père de l’écrivaine travaillait d’ailleurs à la parfumerie, et les odeurs d’usine l’accompagnaient partout dans la maison. Entêtante, indécrottable, l’odeur des parfums mêlés devient vite une métaphore du patriarcat indélébile, de la domination du père qui infuse toute la vie familiale : « quand mon père n’est pas en voyage, l’odeur d’usine s’impose du matin au soir » (p. 20). Sentir le parfum est une capitulation devant l’omniprésence de l’époux au foyer : « dans les toilettes ça sent l’usine, le café a le goût d’usine, tout renonce à soi pour épouser l’odeur et je ne fais pas exception » (p. 27).

Bien vite, les odeurs d’usine rendent malade la petite fille, qui développe une allergie aux essences de parfums… On aura compris que tout ce qui a trait à l’odorat prend ici un double sens, devient une manière de parler du père. J’aime l’efficacité de ce procédé allégorique : dans une toute petite brochure, Goby parvient ainsi à évoquer les souvenirs concrets de son expérience sensible, et à faire comprendre, grâce à eux, les subtilités de la relation complexe avec son père. Si le livre est un « baume », c’est qu’il passe le dictame de la littérature sur la blessure que furent parfois, pour elles, les bonshommes.

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D’autres avis : Jostein, Lucie, enfin Jelisaulit qui y voit à raison un « art poétique ».

Valentine Goby, Baumes, Actes Sud, 2014, 72 p., 10€.

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