Caroline Broué : la danseuse ensorcelée

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Une danseuse étoile tournoie de passions en passions, amoureuses ou artistiques. Elle lâche prise, vit une vie sans routine, incertaine du lendemain. Le roman file la métaphore de la danse pour décrire les aléas de l’existence.

Je parle, bien sûr, de La Virevolte, de Nancy Huston, paru en 1994. Mais la description convient aussi à De ce pas, de Caroline Broué, paru en 2016, et qui, discrètement, mentionne La Virevolte dès la page 33. Il s’agit donc d’une réécriture, d’une réponse, ou si l’on veut, d’un pas de côté.

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L’héroïne de Huston, Lin, faisait le choix de laisser derrière elle son mari et ses deux enfants pour parfaire sa carrière de danseuse. Elle était contrainte d’arrêter, l’extrême engagement de son corps lui ayant causé un accident. L’héroïne de Broué, Tin, a déjà vécu un accident qui l’a obligée à faire ses adieux à la scène, et à retrouver son mari Paul, dont elle a eu une fille. Le roman commence après la danse, dans une retraite en famille. Mais on comprend bien vite que les pirouettes ne sont pas terminées…

Pirouettes chronologiques, d’abord. Les chapitres du roman se bousculent et se mêlent ; à nous de retrouver le fil de cette histoire sentimentale qui a lieu sur plusieurs continents. Pirouettes narratives ensuite : le roman recèle quelques coups de théâtre inattendus, qui rythment le pas de la lecture. Pirouettes identitaires enfin, et surtout : car l’héroïne Tin, Cambodgienne venue en France pour fuir les Khmers rouges, s’est elle-même rebaptisée Marjorie, dans la quête d’une table rase de son histoire.

Comme dans La Danse sorcière de Karine Henry (parue un an plus tard), la danse est pour Broué l’image d’un ensorcellement, d’une ivresse, d’un état de conscience altérée. Expliquer cette ivresse par l’influence sourde et invisible d’un traumatisme historique et personnel : voilà l’idée de la romancière, idée très juste, très sensible et très riche de potentialités narratives (pour la plupart simplement suggérées, car le roman est très court, moins de deux cent pages). On pourrait y voir une illustration de l’ensorcellement traumatique décrit par Hélène Merlin-Kajman, dans L’Animal ensorcelé (paru, quelques mois plus tard, en octobre 2016).

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Les avis de Nadège, Pativore, DomiClire m’ont été utiles pour rédiger cette chronique ; le blog Mes expériences a été rebuté par la structure non-chronologique du roman. Voir aussi l’avis de Livreshebdo et l’interview de Broué dans Télérama.

Caroline Broué, De ce pas, Sabine Wespieser, 2016, 176 p., 17€.

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