Véronique Gély : comment peut-on être poétesse ?

Véronique Gély, professeure de littérature comparée à l’université de Paris-Sorbonne, a publié en 2013, dans un ouvrage collectif, un petit article d’une composition très simple, intitulé « Portraits de la poétesse en Écho ». Elle y démontre que le mythe de Narcisse et d’Écho a pu servir d’archétype pour décrire la situation paradoxale des femmes poètes condamnées à la répétition de thèmes masculins. L’introduction de cet article m’a parue assez profitable pour être reproduite ici. (Pour lire l’article intégralement, voir Véronique Gély, « Portraits de la poétesse en Écho », dans Alain Billault et Hélène Casanova-Robin (éd.), Le Poète au miroir de ses vers. Études sur la représentation du poète dans ses œuvres, Paris : Jérôme Millon, 2013, p. 199-212.)

Comment, durant les premiers siècles de l’époque moderne, se constituait l’identité, la célébrité d’un poète ? Si les réponses à cette question sont évidemment complexes quand le poète est un homme, elles le sont d’autant plus quand il est une femme. Christine Planté énumère dans un article récent, à propos du cas « Louise Labé », des moyens éprouvés d’accéder à la célébrité : « traduire, commenter ou imiter un poète du passé et se faire connaître dans son sillage ; faire l’éloge d’un contemporain – qui vous rendra peut-être la pareille – ; ou encore célébrer une dame en espérant que cette immortalisation de sa beauté vaudra l’immortalisation de votre génie ». Elle montre que chacun pose des problèmes spécifiques à un poète qui est une poétesse : d’abord, le manque de modèles à imiter : on peut penser à Sapho, mais invoquer son exemple n’est pas sans risque ; ensuite, la délicate redistribution des rôles sexuels et sociaux qu’implique l’invention d’une « Muse au masculin » ; enfin, le fait que d’un côté l’envoi d’éloge à une femme risque d’être perçu comme « aimable babil de gynécée », et que de l’autre, si le poète célébré est un homme et en même temps l’amant loué pour sa beauté, le statut de l’éloge et de la poésie qui le porte se transforme considérablement par rapport aux schémas hérités.

Dans son livre au titre repris de la dédicace à M.C.D.B.L. (Mademoiselle Clémence de Bourges Lyonnaise) des Euvres de Louïze Labé Lyonnoise, qui demande aux vertueuses Dames « d’élever un peu leurs esprits par-dessus leurs quenouilles et fuseaux », Gisèle Mathieu-Castellani examinait justement naguère ce cas de figure. Partant du principe que les Rymes de Pernette du Guillet répondraient à la Délie de Maurice Scève, et les Élégies de Louise Labé aux Souspirs amoureux d’Olivier de Magny, elle écrivait : « La parole féminine mime alors la parole d’Écho, condamnée par les dieux à ne pouvoir dire son désir qu’avec les mots de l’autre. »

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