Emmanuelle Favier, Le Courage qu’il faut aux rivières (août 2017)

En Albanie, l’on pouvait (l’on peut encore, dans certains villages) naître femme puis, suivant un rite spirituel impliquant un vœu de chasteté, devenir un homme aux yeux de la société, c’est-à-dire en acquérir tous les droits et privilèges. Ces « vierges jurées », comme on les appelle, ont été un argument puissant des « gender studies » pour démontrer combien les catégories « homme » et « femme » n’étaient que des habitudes sociales et non des données de la nature (voir les travaux d’Antonia Young, pour ne citer qu’elle).

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Rien d’étonnant, donc, à ce que l’autrice des Confessions de genre (2012) se soit prise d’intérêt pour ces personnages. Emmanuelle Favier signe ici un premier roman sur le courage de suivre son propre cours solitaire, devenir soi-même sans se préoccuper d’être femme ou homme. Il met en scène une vierge jurée, Manushe, menant une vie d’homme. L’ascèse de Manushe est cependant mise à rude épreuve lorsqu’arrive Adrian, un être au passé énigmatique et au visage fascinant, qui réveille sa sensualité…

Ce résumé, qui est peu ou prou celui de la quatrième de couv’, fait penser à un roman young adult, ou à un érotique à l’eau de rose. Non sans raison. Utilisant quelques motifs faciles (le bel inconnu, la fuite d’un couple dans la nature…), Favier les subvertit et parvient à érotiser des relations amoureuses sans frontières de genres, ou plutôt allant et venant librement d’un pôle à l’autre du masculin et du féminin, suivant un va-et-vient des plus sensuels.

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Il n’est pas interdit de voir simplement dans Le courage qu’il faut aux rivières une réécriture féministe du mythe d’Iphis et Ianthé, raconté par Ovide au livre IX des Métamorphoses, rare exemple de transsexualité féminine dans la mythologie. La réécriture est cohérente, puisqu’aussi bien les rites d’Albanie et les mythes grecs possèdent une filiation historique commune. Mais si l’on ne voit que les motivations féministes de ce premier roman, si l’on n’y voit qu’une illustration des études sociologiques sur le thème des vierges jurées, on manque l’imaginaire et la poésie immenses de ce livre plein de sensations.

L’idée du roman lui est venue, dit Emmanuelle Favier, de l’exposition Au bazar du genre, installée en 2013 au MuCem de Marseilles : bel exemple de diffusion et de reproduction de la culture, d’un medium à l’autre, à l’époque des musées et galeries d’art, lesquels d’habitude m’affligent par leur conservatisme étriqué. Une exposition prend vie : c’est aussi ça, Le Courage qu’il faut aux rivières.

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D’autres avis sur : LivresHebdo, Sur la route de Jostein, Noukette, Moka, Entre les lignes. Une interview récente d’Emmanuelle Favier est à lire sur CultureBox.

Emmanuelle Favier, Le courage qu’il faut aux rivières, Albin Michel, août 2017, 224 p., 17€.

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8 commentaires sur “Emmanuelle Favier, Le Courage qu’il faut aux rivières (août 2017)

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