Emmelene Landon, La baie de la Rencontre (avril 2017)

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©Francesca Mantovani/Gallimard/Leemage

Née en Australie en 1963, déménagée par sa famille en Europe, où elle apprend la peinture à l’École des Beaux-Arts de Paris, Emmelene Landon a toujours rêvé de retourner dans le continent de son enfance. Elle en a finalement l’audace, et raconte son expérience curieuse dans Le Tour du monde en porte-conteneur, Gallimard, 2003. Et après ? Comment se renouveler, comme artiste ou comme être humain, après avoir achevé le plus grand voyage possible ?

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Emmelene Landon, extrait de la série Fossiles, 2008

Pour continuer de vivre, Emmelene Landon s’est ouvert deux continents : la fiction, et l’Histoire. La Baie de la Rencontre explore les deux en parallèle. George, personnage d’un précédent roman (Portrait(s) de George, Actes Sud, 2014), revient cette année sur les traces de l’expédition scientifique française en terre Australe du début du XIXème siècle, et de son dessinateur attitré, Charles-Alexandre Lesueur.

La reconstitution attendrie des hauts faits scientifiques de Lesueur m’a rappelé celle, nettement plus politique, de Michèle Lesbre dans Chère Brigande (février 2017). George flâne, recueille des fossiles austraux qu’il collectionne sans but, par curiosité. Pour le dire simplement, ce narrateur-sculpteur est le pur produit du monde des galeries d’art parisiennes, dont les œuvres (rares et entourées de larges murs vides) n’ont jamais de cadre très défini. En panne d’inspiration, George est incapable d’expliquer son voyage : « je me suis lancé comme ça, avec l’idée de me perdre en Tasmanie, de rencontrer quelque chose » (p. 180).

« Nous sommes vivants dans la mesure où ce qui se passe aux antipodes nous concerne » (p. 47) : le principe qui gouverne cette bourlingue est universel. Pourtant, le voyage de George l’est beaucoup moins, puisque l’on apprend, au cours de la lecture, qu’un deuil intime, inexplicable, justifie son enquête erratique.

Le deuil, qui resurgit par intermittences dans le récit de voyage, donne son intérêt à un roman qui, sans cela, paraîtrait frivole et même bourgeois. Le deuil inspire aussi au narrateur ses meilleures formules, par exemple lorsqu’il s’exclame, devant un paysage de Tasmanie : « [c’est] tout ce dont j’ai besoin pour parcourir la mémoire de ce que je n’ai pas vécu » (p. 183).

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Voilà les seuls autres avis en ligne que j’ai trouvés : Le Monde des Livres, et Le Quotidien Julia. Ce livre s’est fait discret à sa sortie, et la rentrée littéraire l’a malheureusement tout à fait enterré.

Emmelene Landon, La baie de la Rencontre, Gallimard, 2017, 224 p., 18€.

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