Négar Djavadi, Désorientale (août 2016)

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Darius Sadr, iranien de fort caractère, pointe une arme à feu vengeresse  sur son père qui a déshonoré les Sadr. Sa mère surgit, suppliante, mais Darius est déterminé. Rien ne semble pouvoir arrêter son geste tragique. Rien, si ce n’est cette question incongrue que hurle alors sa mère : « Tu veux quoi ? Finir comme Raskolnikov ? » (p. 65).

Darius baisse son arme. Il est stupéfait. L’évocation de Crime et châtiment au milieu d’une scène de tension insoutenable, dans la bouche de sa mère dont il n’aurait jamais soupçonné qu’elle connaissait Dostoïevski, qui l’a lu entre deux lessives et à l’insu des hommes de la maison, cette apparition curieuse et décalée qui fait écran entre le bourreau et la victime : tel est peut-être le rôle que Négar Djavadi assigne à la littérature. Le récit désamorce et dénoue des situations et des traumas inextricables : « raconter, conter, fabuler, mentir dans une société où tout est embûche et corruption, où le simple fait de sortir acheter une plaquette de beurre peut virer au cauchemar, c’est rester vivant », écrit-elle.

Dans les « dark times » qui sont les nôtres, Négar Djavadi n’a pas d’autre choix que d’emmêler les intrigues et les personnages, comme le ferait un roman russe, pour noyer les dangers du vécu sous les échos des souvenirs familiaux. Désorientale est une histoire sans fin de l’Iran, centre névralgique de toutes les tensions mondiales depuis plusieurs millénaires. Mille et une aventures historiques insensées conduisant à l’exil de la narratrice en France, et aux destins les plus inattendus.

Surtout, ce qui a valu le prix du Style à ce roman, c’est sa tonalité décalée et son humour noir à toute épreuve, même au moment de raconter les pires traumatismes individuels et collectifs. J’aurais lu ce roman d’une traite avec beaucoup d’amusement, si chaque anecdote de cette saga familiale ne m’avait pas fait sans arrêt lever les yeux de ma lecture, pour méditer aux mille et un sens de ses épisodes successifs.

Ailleurs, d’autres avis :

Télérama met en ligne une interview de l’autrice, qui m’a bien servie pour comprendre son roman ;

L’affligeant magazine Elle a aussi interrogé Djavadi, dans un article évitable ;

Les éditions Liana Levi proposent une revue de presse dithyrambique sur leur site ;

Domiclire a apprécié comme moi »l’humour grinçant » ; enfin

Cultur’elles, à qui le roman évoque, comme à moi, irrésistiblement, la bande dessinée Persépolis, de Marjane Satrapi.

Négar Djavadi, Désorientale, Paris, Liana Levi, 352 p., 22€.

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