Blandine Le Callet et Nancy Peña, Médée (2013-2016)

La vie mythique de Médée, la sorcière grecque, nous est parvenue par Les Argonautiques, l’épopée d’Apollonios de Rhodes. Elle n’a jamais cessé d’être réécrite et adaptée ensuite. Maria Callas, la chanteuse, a incarné Médée au cinéma pour Paolo Pasolini, en 1970 : c’est une expérience cinématographique saisissante. Pour Pasolini, les pouvoirs magiques de Médée étaient la métaphore des processus mystérieux de l’inconscient psychanalytique.

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J’ai repensé à ce film en lisant avec délices, à la médiathèque de mon quartier, une série de trois bande-dessinées intitulée Médée. Une normalienne en latin et une normalienne en dessin se sont en effet associées pour adapter elles aussi, dans ce format pédagogique, la vie de la sorcière. Cette fois encore, la magie de Médée est rationalisée et expliquée ; rien de surnaturel dans cette biographie qui tient de l’œuvre historique. Médée est emportée dans un contexte historique très précis : celui des expéditions maritimes méditerranéennes initiées par les exploits des Argonautes.

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La psychanalyse de la Médée pasolinienne est remplacée, dans les cases de cette œuvre, par une grille de lecture féministe matérialiste : les résolutions criminelles de Médée y sont la conséquence sociologique naturelle de son oppression, en tant que femme, dans la violence de la société grecque antique. Nulle trace de magie, donc. Le précepteur de Jason, le centaure Charon, n’est plus du tout un centaure mais simplement un ermite. « Laissons les dieux tranquilles. Je me débrouille parfaitement sans eux », déclare aussi Médée (p. 42). Au lieu des sorts et des maléfices, elle joue des tours et ourdit des ruses.

La nouvelle Médée y devient donc une héroïne militante au destin tragique, qui doit lutter contre les mouvements de la géopolitique hellénique. Les autrices ont tenu à respecter de nombreuses données de l’archéologie mycénienne, dans la représentation des coiffures, des bijoux, de l’architecture… Ainsi l’une des scènes les plus marquantes, et les plus réussies visuellement, est celle où un bracelet ophiomorphe de Médée prend vie (tome III, p. 30), changeant en dialogue fantasmatique son monologue intérieur :

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Les arabesques formés par le serpent imitent la pensée tortueuse de l’héroïne qui vit une torture intérieure. Le bracelet serpentin ne prend vie que dans l’esprit de l’héroïne ; Médée le porte en réalité à l’avant-bras, comme sur la couverture du troisième tome :

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Or l’objet ressemble assez précisément aux bracelets authentiques déterrés par l’archéologie en Thessalie :

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Par cette trouvaille graphique et beaucoup d’autres, Le Callet et Peña ont fait de la bande dessinée une démonstration à la fois historiquement, psychologiquement  et esthétiquement convaincante de leur lecture féministe du mythe.

Ailleurs :

Le site internet de la bande dessinée dresse la revue de presse détaillée des deux premiers tomes ;

Le premier tome est recensé en détail chez Mo, Moka, Brusselsboy et Sophie.

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2 commentaires sur “Blandine Le Callet et Nancy Peña, Médée (2013-2016)

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