Alice Ferney, Cherchez la femme (2014) [2013]

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Une intrigue amoureuse de 700 pages, sur plusieurs générations : cette épopée vertigineuse, à la Zola, est écrite par Alice Ferney, sociologue qui s’est spécialisée dans la division du travail au sein de la famille.

En deux mots : Serge Korol, un brillant normalien qui soigne son image, devient entrepreneur et conférencier, fait fortune sur ses discours. Il rencontre Marianne Villette et l’épouse : trois enfants plus tard, le couple divorce. Le livre illustre une « hécatombe relationnelle » que Ferney décèle dans la vie des couples modernes, et en particulier dans l’amour au masculin. Car si le sentiment amoureux est à la racine de toutes les histoires dont ce roman-fleuve est parcouru, c’est la manière d’y réagir, de lui donner suite ou non, de sacrifier à l’amour beaucoup ou peu de sa personne, qui fait l’objet de Cherchez la femme.

La romancière reste sociologue à bien des égards, et par exemple dans sa lucidité absolue : l’instance narratrice dissèque chaque décision, donne à chacune des causes profondes qui échappent complètement à ses personnages, qui sont pourtant de bonne volonté.

On peut, comme CritiquesLibres, trouver cette narration « trop clairvoyante ». De quel droit l’autrice prétend-elle à la compréhension de tout le ressenti de ses personnages ? D’aucun autre droit, à mon avis, que d’être une femme. Le roman expose un savoir relationnel et émotionnel pour lequel Alice Ferney n’a pas d’autre autorité que le fait de « vivre au féminin ». Par exemple : « faut-il vivre au féminin pour ressentir cette détresse de la maison désertée et la désolation que laissent les enfants quand ils partent ? » (p. 179). Les sentiments de Marianne, comme ceux de Serge, dépendent grandement de son genre : « son ancienne peur d’enfant pesait dans son ventre comme un fœtus » (p. 295).

« On traverse le mariage non pas en tête à tête mais en lignée, non pas à deux mais à six » (p. 253) : cet axiome justifie toute l’interrogation généalogique déployée autour du couple Serge-Marianne et explique l’épaisseur du roman. La démonstration passe par une reconstitution, presque policière, de la catastrophe sentimentale annoncée.

D’autres ressources :

Olivier Bleuez pour La Cause littéraire, sensible à la dimension scientifique de l’observation sociale de Ferney,

L’Obs, qui qualifie ce livre de « roman classique »,

Une interview sur le site La Vie.

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