Anne-Sophie Subilia, Parti voir les bêtes (Zoé, mai 2016)

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La Gloye, petit lieu-dit bucolique d’Ardennes ou de Champagne (on ne sait pas), « au petit nom imprononçable pour les gens de passage ». Du latin gladiolus, une plante des terrains humides. La Gloye est une mare, une eau stagnante, immobile, qui commence à remuer lorsque des industries s’y installent.

La « dryade » de La Gloye, c’est Claire, la coiffeuse du village. Personne n’a mieux incarné tout l’esprit d’un lieu depuis les héroïnes de Julien Gracq et les nymphes de la Grèce.

Lui est amoureux de Claire. C’est le protagoniste, le héros qui reste anonyme jusqu’à la dernière page où il prononcera son prénom devant les vaches. Son vrai prénom dont le saint homonyme porte, comme lui, une Scie de menuisier d’une main, un livre de l’autre.

Car la terre de La Gloye est une terre cultivée. Les textes les plus anciens fourmillent sous la plume de l’autrice suisse Anne-Sophie Subilia. Virgile, qui célébrait il y a deux mille ans la piété des modestes agriculteurs, inspire de part en part l’éloge de la vie de campagne et le désastre de son industrialisation. Les animaux sauvages commencent à fuir : « l’Enfer est sans oiseaux, as-tu lu quelque part » (p. 100). Quelque part, c’est-à-dire dans Virgile, où le Lac Averne (« sans-oiseau ») est la porte d’entrée des Enfers. Pour moi, La Gloye-Averne me rappelle l’Ebola-Styx sous la plume de Paule Constant.

Le héros traverse, d’un même pas, crise écologique et crise de la quarantaine. Stérile, il croit le monde entier stérile avec lui : La Gloye est amenée à s’éteindre, elle est enterrée dans la « fosse » où les tractopelles creusent le nouveau complexe industriel. Le fameux « Lac » de Lamartine rappelait au poète la perte de son amante ; le lac de Subilia annonce une mort à venir, celle du monde rural qu’elle aime. Mais en affrontant, face à face, l’Argos aux mille paires d’yeux qu’est le capitalisme, le héros se sentira finalement le courage d’avouer sa confiance et son amour aux prés, aux vaches et à Claire, la coiffeuse du village.

Je n’avais rien lu de la passionnante maison d’édition Zoé. Cette première expérience me donne un excellent sentiment sur cette édition dont je voudrais beaucoup lire d’autres autrices. D’autres avis sur Parti voir les bêtes :

La revue de presse des éditions Zoé,

Le blog d’un monsieur,

Un journal suisse,

Un site suisse avec des extraits du livre.

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