Béatrice Fontanel, Le Train d’Alger (janvier 2016)

« Boum ! » Le train explose et se renverse. La petite fille a trois ans. Son premier souvenir sera un attentat du FLN.

Béatrice Fontanel est une écrivaine totale. Rien de ce qui est littéraire ne lui est étranger. Elle a publié de la poésie, des albums pour la jeunesse, des romans historiques, des critiques d’art, des récits de voyage, des biographies, des autobiographies : plus de cent titres. Le Train d’Alger, quant à lui, ressuscite les souvenirs enfouis de la guerre d’Algérie. La narratrice, anonyme, souffre d’amnésie ; depuis l’hôpital psychiatrique où elle est internée, dont le lecteur joue le docteur, les événements qu’elle a appris dans les livres d’histoire se mêlent indissolublement à ceux qui l’ont directement concernée.

Finalement, son enfance est peut-être une guerre toute entière. Le verre et le mastic, la sciure et le sang, toute la matérialité de la guerre devient la métaphore de son état psychologique : « j’ai l’impression que mes idées volent en éclat, comme les vitres de notre appartement à Alger ». En cela le récit de Fontanel nous rappelle l’Enfance de Nathalie Sarraute et sa mousse-souvenirs, mais alors une Sarraute névrotique, traumatique et irrécupérable. Une Enfance atroce à côtoyer les cadavres des victimes de l’OAS et du FLN. Une réécriture révélatrice de notre époque.

L’enfance, de nos jours, n’est donc plus le verger d’innocence des romantiques, elle n’est même plus la force vitale, franche et créatrice d’un Nietzsche ou d’un Éluard ; elle est une vulnérabilité terrifiée, une incompréhension totale. Même si elle semble s’estomper à l’âge adulte, elle finit par revenir dans la vieillesse : Le Train d’Alger décrit en effet longuement la sénilité progressive des parents pieds-noirs de la narratrice. Le père voit dans son salon des « flots de sang » hallucinés (p. 186), la mère affirme à l’infirmière, en 2012, que nous sommes en 1984 (p. 81). Toutes les relations familiales sont salies par la guerre et même le cerveau des parents, révélé par l’IRM, devient sous la plume de Fontanel « le champignon d’une explosion atomique » (p. 213).

9782234079076-001-x

L’autrice a conscience de tirer sur la corde glauque. « Vous me trouvez un peu morbide ? » (p. 13). L’exagération devient elle-même une pathologie narratologique. Pour ma part, j’y vois surtout une grande attention, une attention de poète, portée aux résonnances de chaque mot, de chaque phrase du roman dans l’histoire individuelle et collective. Le père de la narratrice est d’ailleurs à la fois poète et charpentier ; c’est par la poésie qu’il apprend à revivre et recommencer sans cesse malgré les guerres à « bâtir tout ce qui relie les hommes » (p.187).

D’autres avis :

Le Clavier cannibale, qui cite d’autres pages importantes du roman,

Clara et les mots, une recension plus précise quant aux faits,

Une présentation en vidéo du roman par Béatrice Fontanel,

Le blog Miscellanées.

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