Lola Lafon, Une fièvre impossible à négocier (août 2016) [2003]

9782330066802

Je lis toujours un crayon à la main, pour prendre des notes quand le livre me fait réagir et « ne laisser aucune pensée anonyme », comme le dit Walter Benjamin. L’anonymat, c’est précisément le thème de ce roman. Malheureusement, aujourd’hui, j’ai perdu mes notes, je ne les retrouve plus.

Le roman, une autofiction, raconte l’histoire d’une jeune femme qui arrive à Paris après dix-neuf ans dans la Roumanie communiste, et dont la vie bascule lorsqu’un « homme insoupçonnable », un cadre dynamique d’Universal, la viole chez elle, sans montrer ensuite la moindre forme de remord. La narratrice le vit comme une mort symbolique et retourne dans l’anonymat le plus total, joignant un groupe d’anarchistes autonomes chez qui chacun porte un pseudonyme au lieu de son nom. Ainsi, l’anonymat est le remède au mal qu’il est aussi : la révélation traumatique que les criminels sont absolument anonymes et indécelables devient une cure lorsque la victime comprend que cette mort symbolique lui permet de se recréer l’identité qu’elle se désire.

Chacun est pour autrui un inconnu, un anonyme, et on ne connaît jamais des personnes que la superficie : c’était déjà le message d’Anne Collongues dans Ce qui nous sépare en mars dernier. Mais le roman de Collongues montrait in fine que le talent des écrivain-e-s était de briser les barrières du solipsisme. L’écriture est capable de s’introduire dans toutes les identités et de les révéler à autrui. Chez Lola Lafon, la solution est différente : chacun peut et doit s’inventer une identité qui rompe l’anonymat imposé par la société, et dans cette invention l’écriture, l’art en général, joue un grand rôle (le personnage d’Une fièvre impossible à négocier s’invente une identité nouvelle aussi grâce à la musique, les vêtements et les opinions politiques, liste non exhaustive). Chacun, en définitive, est l’artiste de soi.

Je pense avoir oublié des choses importantes sur ce roman. Plutôt que de le relire, je vais peut-être ouvrir la nouvelle parution de Lola Lafon, La Petite communiste qui ne souriait jamais, qui a obtenu déjà de nombreux prix et explique sans doute la réédition d’Une fièvre impossible à négocier.

D’autres avis :

Critiquelibres sur ce roman

Un entretien avec l’autrice sur Article11

Un entretien sur le site des édition Libertalia au sujet de La Petite communiste qui ne souriait jamais

Pour sensibiliser le grand public, Lola Lafon avait accepté en 2003 l’invitation d’un plateau de télévision de Canal+, à revoir ici. On le lui a beaucoup reproché dans sa famille politique d’extrême-gauche anti-télé, mais je crois qu’elle a eu raison.

Publicités

Une réflexion sur “Lola Lafon, Une fièvre impossible à négocier (août 2016) [2003]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s