Elitza Gueorguieva, Les Cosmonautes ne font que passer (septembre 2016)

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C’est une petite fille qui voit l’ère du communisme et sa chute depuis Sofia, en Bulgarie.  Une sorte de Good Bye Lenin enfantin, dont l’héroïne, du haut de ses 7 ans, peine à suivre les péripéties. Mais l’école primaire se révèle paradoxalement, comme l’Hôpital psychiatrique de Noémi Lefebvre, le point de vue idéal d’où observer et comprendre les effets concrets des bouleversements de l’Histoire sur la vie des individus. C’est un roman partiellement autobiographique puisque l’autrice a vécu dix-neuf ans en Bulgarie avant de venir vivre en France.

L’héroïne, jamais nommée car elle incarne en réalité toute une génération et tout un cheminement intellectuel, se prend d’abord de passion pour Iouri Gagarine, le premier homme envoyé dans l’espace. Une passion fortement insufflée par le régime communiste lui-même, à travers son école primaire, l’école Gagarine. C’est dire si l’héroïne est d’abord une gentille petite soviétique, contrariée et jalouse de la poupée Barbie de son amie Constantza, dont la mère vit en Grèce, c’est-à-dire en démocratie. Une concurrence s’installe entre les deux petites filles. On croit comprendre qu’elles symbolisent les deux blocs de la Guerre froide, et que Barbie symbolise le capitalisme.

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Mais tout se complique avec la chute du mur de Berlin. L’héroïne abandonne sa passion enfantine pour Iouri Gagarine et se trouve un nouveau modèle : Kurt Cobain, le chanteur de Nirvana, dont elle regarde les clips sur la télévision américaine qui commence à émettre en Bulgarie. On pourrait penser que cette assimilation à la culture occidentale la rapprocherait de son amie Constantza et scellerait, sur le plan symbolique, l’amitié entre les anciens blocs russe et américain. Que nenni.

Comme l’Histoire l’a montré, les anciens blocs ne se réconcilient jamais et Constantza déteste Kurt Cobain, lui préférant le fade et insignifiant hip-hop des années 1980. Constantza est une enfant gâtée, habituée à se mettre en avant malgré son incompétence incorrigible, et c’est une image extrêmement sévère de l’Occident. Beaucoup de lecteurs français ont trouvé ce livre amusant et léger. Ainsi le bloggeur Un dernier livre avant la fin du monde a aimé le style burlesque de l’autrice. Mais peut-être cette tonalité comique n’a-t-elle pour fonction que de faire entendre un reproche grave au plus inattentif des lectorats : la société capitaliste.

Dans les dernières lignes du roman, alors que « la démocratie a explosé », l’héroïne abandonne sa passion pour Kurt Cobain et se retrouve soudain adulte, prête à toute nouvelle passion et à tous les avenirs. Mais Elitza Guerguieva ne nous dit rien de cet avenir, sans doute pour ne pas l’écrire à notre place. Car c’est à nous toutes et tous qu’il revient de comprendre ce que la guerre des idéologies avait de puéril et d’inventer du nouveau.

D’autres avis :

En attendant Nadeau, qui a vu ce livre comme une ode anticommuniste à la démocratie, pourtant bien sombrement dépeinte et à mon avis dépassée dans la fin du roman.

Entre les lignes, qui fait des analogies pertinentes.

Diacritik, qui a toujours tout lu !

 

 

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4 réflexions sur “Elitza Gueorguieva, Les Cosmonautes ne font que passer (septembre 2016)

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