Clélia Anfray, Le Censeur (2015)

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Les romans vendus dans toutes les grandes surfaces de France naissent aujourd’hui bien souvent d’un travail universitaire pointu. C’est la fiction qui permet aux spécialistes littéraires de garder un lien (compliqué parfois cependant) avec la société. Olivia Rosenthal, Camille Laurens pour ne citer qu’elles, donnent des cours à l’université.

Après avoir donné les éditions critiques de plusieurs drames de Victor Hugo, Clélia Anfray avait la matière et le savoir suffisants pour entamer un roman sur son censeur attitré, Charles Brifaut. Le censeur était donc selon elle, et nous pouvons lui donner raison sans hésiter, l’élément de son savoir littéraire qui allait toucher le plus vivement les passions de la société contemporaine et lui poser des questions vitales.

De nos jours la censure est comprise comme l’inverse de ce que notre société appelle « liberté d’expression ». Elle entrave le travail des journalistes et écrivain-e-s sur la base de calculs politiques ou économiques qui n’ont cure de la qualité intrinsèque de ce travail. Du moins c’est ce que nous comprenons sous le terme de censure.

En réalité, comme ce roman historique le montre très bien, le censeur est un critique littéraire, un critique littéraire très mauvais qu’on aurait investi d’un pouvoir de vie et de mort sur les œuvres. Il est impossible de séparer clairement le jugement littéraire et les goûts politiques et idéologiques ; Charles Brifaut interdit Victor Hugo officiellement parce qu’il est contre la monarchie, mais en réalité parce qu’il le trouve mauvais écrivain…

Comment peut-on se tromper à ce point sur Victor Hugo ? Qu’est-ce qui fait d’un homme un aussi médiocre critique ? Il a fallu à Clélia Anfray une immersion dans la société et le quotidien du censeur pour répondre à ces questions devenues aujourd’hui vitales. Le roman est aussi une tentative de liquidation de la critique du XIXe siècle qui jugeait les œuvres à la bonne mine de leur auteur et considérait le grand public comme totalement exclu du débat sur l’art.

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2 réflexions sur “Clélia Anfray, Le Censeur (2015)

  1. Il faut que j’ajoute une notule sur ce livre : je n’avais pas très bien compris la dimension fantastique du roman, qui le rapprochait des romans russes et particulièrement du Double de Dostoïevski, mais j’ai compris plus tard qu’en réalité Clélia Anfray montrait que le genre fantastique est le cauchemar du censeur parce qu’il laisse planer un doute sur le sens profond du récit. En Russie comme ailleurs, le fantastique a servi à contourner la censure (Le Maître et Marguerite, etc.). C’est le propos fondamental du roman en réalité.

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