Nathalie Démoulin, Bâtisseurs de l’oubli

 

Je n’ai pas lu La Grande Arche de Laurence Cossé (2016), cette noble histoire de l’arche de la Défense. Il n’en sera pas question ici. J’y soupçonne un roman d’édification, ultra-conservateur ; l’autrice ne cache pas, depuis Le Mobilier national (2001), son attachement fétichiste à la conservation de tout le folklore patriotique français, dont l’arche de la Défense est un décor institué.

Qui me parlera plutôt des contreplaqués de fortune abritant les ouvriers polonais venus bétonner des résidences d’été à peine plus solides, rasées et reconstruites un an sur deux, et habitées deux semaines à peine ? Qui me dira les montages de financiers criminels, venus pousser les gouvernances locales à délivrer des permis de construire douteux sur des lits de fleuves à peine asséchés ? Qui rappellera de l’oubli les ouvriers morts sur ces chantiers inutiles, les entrepreneurs du bâtiment ruinés par les dettes, les architectes insensés qui vivent de leur folie ?

Nathalie Démoulin sera celle-là. La démesure des pyramides touristiques qui s’élèvent petit à petit du côté de Sète, au bord de la mer, vaut bien celle de La Grande Arche. C’est à cet endroit, jadis, que s’élevait Alésia, mais nul ne s’en souvient, et les chantiers modernes recouvrent négligemment des ruines de toutes les époques dont ils feront très bientôt partie. Dans Bâtisseurs de l’oubli (août 2015), roman de fin du monde avec L’Apocalypse en exergue, à quoi bon construire ? Toute la civilisation est au bord du gouffre.

« Avant d’être un centre de loisirs et de commerce, Dubaï était un village de perles » (p. 130). Les misérables pécheurs de perles qui risquaient leur vie dans les profondeurs marines la risquent aujourd’hui à l’altitude des échafaudages. Inutile cette fois d’espérer l’apparition du capitaine Nemo, l’anarchiste, venu, comme dans Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne (partie II, chapitre 3), sauver leurs vies aussi fragiles que leurs perles.

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D’autres avis :

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