Jane Sautière, Stations (entre les lignes) (2015)

maxresdefault

Jane Sautière est très appréciée par la presse littéraire. À la sortie de Nullipare en 2010, un rédacteur du Magazine littéraire lui a fait ce beau compliment : « Sautière écrit sur le fil de ses ambiguïtés, sans tomber dans la revendication féministe. » Pas de revendications non plus dans Stations, ouf ! C’est le Magazine littéraire qui va être content !

Ou presque. Jane Sautière continue son entreprise littéraire d’aborder le monde sous ses aspects les plus matériels, sans doute par matérialisme marxiste. Dans Dressing en 2013, elle se souvenait de tous les vêtements qui avaient marqué sa vie. Cette année, ce sont les transports en commun ; les bus, les trains, les avions, etc. Ces endroits l’intéressent en tant que « lieux communs », lesquels constituent une clef de son œuvre au moins depuis 2003 et la parution de ses Fragments de lieux communs.

Le livre est composé de deux moments, deux exercices littéraires distincts : l’autobiographie, classée en série de stations de métro ou de gares près desquelles l’autrice a vécu, puis des fragments, des remarques philosophiques ou ethnologiques sur ce qu’elle voit dans les transports, le tout classé par moyen de locomotion.

Les transports : les moyens d’être libre, d’aller où bon nous semble. L’autrice, ancienne éducatrice pénitentiaire, se dit animée du désir permanent du déplacement, d’une claustrophobie fondamentale : « La crainte d’être enfermée, physiquement enfermée, me restera finalement toujours comme le risque majeur de mon existence, une métaphore de la terreur du destin qui est la clôture majeure. Et cela s’éprouve dans les transports avec une radicalité qui ne devrait pas m’étonner car il s’agit bien de cela, une métaphore, un transfert de sens, un processus de commutation de l’informulable initial » (p. 19).

La partie biographique est véritablement passionnante. L’autrice tente de redonner du sens à une succession de noms de lieux urbains qui ont constitué ce que l’on pourrait appeler sa ligne de vie. À Fleury-Mérogis par exemple, le parc George-Brassens et la rue Cronstadt deviennent les signes discrets de ses futures convictions libertaires. Tous les détails de ce livre ont un sens, un sens vital.

C’est dans le transport que la narratrice cherche à se distinguer, démarquer son individualité, son style : « j’aimerais sortir de l’indivision », dit opportunément le gros titre d’un magazine que lit son voisin de métro (p. 112). Parfois elle n’y parvient pas, lorsque les transports en commun maltraitent leurs voyageurs comme du bétail : « Dans la grande foule congruente aux heures de pointe, l’attaque au corps est parfois si forte que la juxtaposition des sensations tente d’annuler la juxtaposition des corps. Il n’y a pas de communauté de point de vue. Voilà finalement comment on garde singulier son espace, le sien, antagoniste de l’utopique espace partagé par nous, la masse. Ce qui s’abat sur la nuque du bœuf. » (p. 46). C’est par l’insolite de ses remarques que Jane Sautière garde son originalité marginale même dans les transports en commun, même dans les lieux communs.

Il est vrai qu’en Île-de-France, les transports en commun nous assimilent souvent aux bovins d’élevage, nous rapproche d’eux : nous faisons l’expérience de « ce qui s’abat sur la nuque du bœuf ». Et dans une interview récente, Jane Sautière annonçait, entre les lignes, un futur recueil de fragments sur les animaux.

D’autres avis sur ce livre :

La Cause littéraire, très enthousiaste

Liminaire, très illustré

Diacritik

Publicités

Un commentaire sur “Jane Sautière, Stations (entre les lignes) (2015)

Ajouter un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Ce site vous est proposé par WordPress.com.

Retour en haut ↑